Aux abords du Groupama Stadium, les agressions associées à l’extrême droite se multiplient, sans réelle réponse du club. À l’occasion de la réception du Havre lors de la 2e journée de L1, plusieurs personnes ont été blessées, et un adolescent hospitalisé. Les tribunes lyonnaises sont réputées pour héberger de différentes tendances de l’extrême droite radicale. Ce qui représente un danger concret pour les personnes issues de l’immigration et pour les militants antiracistes.
Lyon est un des bastions – certains parlent même de “laboratoire” – de l’extrême droite radicale en France. La ville est régulièrement le théâtre d’agressions menées par des groupuscules identitaires, néo-fascistes ou néo-nazis. Le Groupama Stadium fait partie des espaces “tenus” par les franges ultra-nationalistes. La porosité entre les tribunes et les différentes nuances d’extrême droite est de notoriété publique. Ces SA des temps modernes font régner une forme de terreur aux abords du stade, avec l’étonnante passivité de la direction de l’OL, résultat de la relation mise en place du temps de Jean-Michel Aulas.
Avec la reprise de la saison de l’Olympique Lyonnais, c’est aussi le retour vieilles habitudes autour du stade. Le soir du 29 août 2026, trois personnes ont été sérieusement blessées. Le Progrès ont recueilli divers témoignages décrivant un climat terrifiant et d’un groupe d’individus cagoulés, casqués et équipés de matraques, proférant de nombreuses insultes racistes. Meriem Bouchedda, jeune élue municipale de gauche à Rillieux-la-Pape, est la première à avoir donné l’alerte à travers une publication sur les réseaux sociaux, permettant aux médias nationaux et locaux de s’emparer de cette affaire.
De son côté, l’Olympique lyonnais a réagi lundi à cette agression via un communiqué publié sur son site où il “condamne fermement toute forme de violence” et affirme avoir ouvert une enquête interne “pour établir l’ensemble des faits”. L’OL – qui a annoncé se porter partie civile – assure prôner la “tolérance zéro envers les violences, le racisme, le sexisme et l’ensemble des discriminations”. De la pure communication. Ce qui est mis en lumière par les agressions du match face au Havre est largement connu des hautes sphères du club qui n’ont jamais osé se mettre les virages à dos.
Un lycéen de 17 ans tabassé
L’élue a été agressée avec son conjoint en sortant du stade. Elle raconte qu’un groupe de six supporters de l’OL, “bières à la main”, les a insulté de “sales bougnoules”, avant s’en prendre physiquement à son compagnon qui sera frappé au sol à plusieurs reprises, puis étranglé. Elle sera prise pour cible à son tour après avoir voulu s’interposer. Le bilan est lourd: fractures, ecchymoses et traces de strangulations. Le couple s’est vu prescrire 15 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT) et a déposé plainte pour violences volontaires. “J’ai vu la mort”, appuie Meriem Bouchedda, encore sous le choc.
Plus tôt dans la soirée, un lycéen âgé de 17 ans, qui passait à proximité du Groupama Stadium avec ses amis, avait été tabassé par un groupe de hooligans, et laissé inanimé au sol. Il en ressort avec plusieurs fractures, à la mâchoire et au nez, de nombreuses ecchymoses et 30 jours d’ITT. Très éprouvée, sa mère a également évoqué des insultes racistes comme “Négros, bougnoules, on va vous tuer!”. Pour le média Contre-attaque, “il s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’homicide en bande organisée à caractère raciste.” Le journal Le Progrès rapporte que des plaintes ont été déposées et qu’une enquête est en cours pour retrouver les auteurs de ces actes.
Les regards peuvent se tourner autant vers le Virage Sud, fief des Lyon 1950 et connu pour héberger de nombreux nervis – qu’ils soient “indéps” ou hooligans des South Side Lyon –, que vers le Virage Nord. Dans son témoignage, elle fait état de l’arrivée sur les lieux d’individus siglés “Bad Gones” et “Identités Lyon”, qui ont laissé la scène se dérouler, en riant. “Ceux qui s’en prenaient à nous ont simplement répondu ‘t’inquiète pas, c’est un sale arabe’”, explique la jeune élue. En réaction à ce témoignage, le capo du Kop Virage Nord a pris la parole au micro avant le début du match contre Auxerre, le 4 septembre. Il s’adresse directement Meriem Bouchedda, sans la nommer, réfutant sa version. Il a annoncé que des plaintes seront déposées “pour diffamation”.
Dans une vidéo de 9 minutes, les Bad Gones ont publié l’intégralité de cette déclaration, prétendant avoir eu connaissance “de nombreuses informations, en totale contradiction avec les éléments parus dans la presse”. Le KVN se présente pudiquement comme “une association patriote et apolitique”, est un peu plus que cela. Les Bad Gones ont beau se retrancher derrière cette communication de façade, le groupe est en réalité le produit d’un lourd passif politique. Né en 1987, il s’est développé comme une des places du néo-fascisme ultra’ à la française, avec le Kop of Boulogne parisien ou de la BSN niçoise.
Atypik Lyonnais, rare voix antiraciste
Ils font partie des rares groupes français – avec les hooligans rouennais et strasbourgeois – à avoir sorti une banderoles en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi décédé en février dernier après un affrontement avec des antifascistes. Les méthodes utilisées aux abords du stade ressemblent à l’embuscade tendue par Deranque et ses amis. Dans ce climat, la constitution de groupes d’autodéfense populaire et antifasciste n’est souvent qu’une condition de survie dans l’espace public, malgré une criminalisation grandissante. Au stade, l’implantation de groupes refusant cette hégémonie semble encore plus compliquée et implique bien souvent de mettre son intégrité physique en jeu, à l’image des attaques subies par les Six Neuf Pirates en 2024.
Durant l’été 2025, les SNP ont été mis en sommeil, mais les Atypik Lyonnais ont pris le relai. Tirant un bilan critique de l’expérience SNP, le groupe conserve la même ligne antiraciste, autour de la défense d’une identité “cosmopolite et populaire”. Ce qui, à Lyon, suffit pour être une cible des hooligans d’extrême droite. Dans un communiqué, l’Atypik Lyonnais a exprimé sa solidarité envers les personnes agressées et a dénoncé à son tour l’attaque qu’ils ont subi le même soir: “Alors que nous allions au stade pour assister au match contre Le Havre, un groupe d’au moins 70 personnes cagoulées a tenté de nous tendre un guet-apens aux abords des entrées du Groupama Stadium, duquel nous nous sommes défendus.”
Dans une période où tous les voyants sont au vert pour l’extrême droite française, ses franges les plus violentes se sentent pousser des ailes. Les stades – y compris le Groupama Stadium – sont aussi des terrains de lutte contre les offensives racistes et xénophobes, même quand elles avancent masquées sous l’alibi de l’apolitisme.

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