Le Centro Storico Lebowski a publié sur les réseaux sociaux sa contribution pour “un calcio juste et populaire”, campagne qui réunit plus de 150 groupes de supporters à travers l’Italie. Le club florentin détenu par ses supporters est, à sa manière, un modèle de résistance au football marchand et sécuritaire dénoncé dans la pétition.
Le climat dans le supportérisme organisé italien n’a probablement jamais été autant unitaire. La pétition revendiquant un football juste et populaire a recueilli plusieurs dizaines de milliers de signatures. Elle fédère très largement autour de mots d’ordre simples et clairs pour stopper les dérives d’un football tourné essentiellement vers les logiques de profits, contre les intérêts des supporters. Qu’on le veuille ou non, le football est politique et un terrain de luttes sociales. Le CS Lebowski s’inscrit pleinement dans cette bataille et la nourrit de son expérience anticapitaliste.
Dans sa contribution, le club rappelle que “le football n’est pas épargné par ce modèle économique qui place la consommation, et donc la recherche de profit, au centre. Logique qui nous est transmise dès l’école, de plus en plus orientée vers la formation d’une main-d’œuvre plutôt que d’un esprit critique.”
Face à ce constat, les tribunes populaires ont un rôle déterminant à jouer. Ce sont les derniers espaces de résistance à la marchandisation du football. A travers les liens émotionnels qui s’y construisent, “peuvent naître des consciences et s’allumer des étincelles de dissidence.”
Ce n’est pas un hasard si c’est à cet endroit que vient se loger en premier lieu la répression étatique, “incapable de tolérer la moindre remise en cause de l’ordre établi”. Le CS Lebowski dénonce sans détour “les interdictions de stade (DASPO) disproportionnées, les déplacements interdits, les dizaines de milliers d’euros d’amendes et des restrictions de liberté personnelle fondées sur des prétextes fragiles, voire carrément arbitraires”.
Le club rappelle avoir été créé – il y a maintenant plus de quinze ans – justement pour rompre avec. “Non pas avec l’illusion que repartir du ‘football amateur’ suffirait à échapper à un processus destiné à s’étendre partout, mais avec la volonté de construire un espace en opposition frontale à ce modèle et de s’organiser pour le combattre activement.”
C’est avec beaucoup d’espoirs que le club s’est lancé dans le projet de faire vivre un modèle alternatif, mais sans aucune naïveté. “Repartir de la base ne signifiait pas échapper à ce mécanisme, nous l’avons compris très vite. L’année 2007 a été un tournant pour le mouvement ultras italien: en quelques mois, avec les morts de l’inspecteur Raciti puis du supporter laziale, Gabriele Sandri, la répression policière s’est fortement intensifiée, à l’intérieur comme à l’extérieur des stades, alimentant un climat de tension et de conflit qui n’a épargné ni les divisions les plus basses du football amateur, ni nous. À la suite des soi-disant “évènements de Colonnata” – où en réalité il ne s’est presque rien passé – les deux groupes de notre supportérisme organisé, Drugati et Urban Kaos, ont été contraints de se dissoudre, avant de se refonder et de s’unir dans le nouveau groupe Ultimi Rimasti Lebowski.”
Les supporters à l’origine du CS Lebowski n’ont en effet pas été épargnés par la répression, même dans le monde du football amateur: “déplacements interdits, perquisitions, DASPO arbitraires, billets à 10 euros pour des matchs de première catégorie, banderoles bloquées à l’entrée du stade, amendes salées”. Une histoire qui a forgé la conviction qu’un autre football était possible, à condition de se battre pour lui permettre d’exister.
“Pour nous, cette pétition signifie cela: essayer de se réveiller de la torpeur qui nous a poussés à accepter tout cela. Cela signifie remettre la passion au centre, et affirmer qu’il est enfin temps que les supporters dictent les conditions. Et donc nous voulons: des prix populaires pour les tribunes populaires, la liberté de déplacement, la liberté d’expression dans le supportérisme avec l’accès libre aux banderoles, tambours et fumigènes. Nous voulons des calendriers avec des horaires respectueux des supporters et des travailleurs. Nous voulons la fin des multipropriétés au profit d’une propriété collective majoritairement détenue par les supporters. Et encore: contre les DASPO hors contexte, contre les équipes B sans identité, pour un football qui remette la passion au centre, et non le profit.”

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