Le fan-club francophonie du FC St. Pauli a accepté de répondre à quelques questions. Il revient sur ses engagements militants, notamment la dénonciation du génocide à Gaza, mais aussi sur l’influence antideutsch et pro-sioniste au sein de la scène ultra de leur club. Échange avec des supporters qui ont fait le choix de mener la bataille “en interne” à Sankt Pauli.
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Vous venez de décider d’un don financier au bénéfice de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) et de Mesarvot, le réseau des objecteurs de conscience israéliens. Qu’est-ce qui a motivé cette décision?
Chaque année, depuis que notre fan club existe, nous avons décidé de soutenir politiquement et financièrement des associations avec l’argent des – petits – bénéfices que nous réalisons via la vente de notre matériel. Pour être clairs et transparents, nous avons décidé cette année de soutenir quatre associations.
Harburg solidarisch qui est une association d’habitants du quartier de Harburg, au sud d’Hambourg. Le quartier de Harburg est un quartier très cosmopolite – 48% des habitants sont d’origine étrangère – mais aussi très pauvre par rapport à la majorité des quartiers de la ville. Face aux inégalités croissantes et à la pauvreté dans le quartier, un collectif de jeunes a revitalisé l’association Harburg Solidarisch en 2025, qui a pour objectif de créer un réseau d’entraide dans le quartier et de tenir des permanences publiques afin d’informer les résident.es et réfugié.es de leurs droits. Ils participent à la lutte antifasciste. L’association a pour projet d’emménager dans un local pour en faire un centre social.
L’association Maël (Mobiliser, Aimer, Encourager, Lutter) qui récolte des dons pour le Téléthon pour un jeune de 18 ans. Maël est aussi l’enfant d’un de nos adhérents, et notre trésorier, qui est enseignant, l’a eu dans sa classe. Il est atteint du syndrome de Prader-Willy, maladie génétique rare. Cette association lutte pour une meilleure inclusion des jeunes handicapés, pour un regard différent sur cette maladie, et aussi pour récolter de l’argent pour les thérapies géniques qui, espérons-le, permettront un jour la guérison de Maël. Nous n’oublions pas que le Téléthon a été victime de l’attaque des associations réactionnaires, proches de l’extrême droite, qu’on appelle pro-vie – en fait anti IVG – car il développe des essais de thérapies sur des embryons. Là aussi l’extrême-droite est à l’offensive!
L’Association France Palestine Solidarité pour un projet d’aide direct aux Palestinien.nes à Gaza et en Cisjordanie occupée. Et Mesarvot qui est un collectif de jeunes Israélien.nes, refuzniks, qui donc refusent de servir l’armée colonialiste et génocidaire de leur pays.
Chaque association se verra remettre un don de 300€. Évidemment, ce qui a motivé l’aide à l’AFPS et aux camarades de Mesarvot, c’est la continuité de nos prises de position sur le conflit israélo-palestinien depuis le 7 octobre ; à savoir le soutien au droit des Palestinien.nes d’avoir un État, la dénonciation du colonialisme d’Israël, la lutte contre le génocide en cours à Gaza, le refus de “l’essentialisation” des Juifs.ves qui ferait de tout.e juif.ve, un soutien de la politique criminelle et fasciste du gouvernement Netanyahou, le refus de tout antisémitisme. Par ces modestes dons, nous voulons montrer politiquement que l’on peut soutenir la cause palestinienne concrètement sans tomber dans l’antisémitisme. Nous voulons montrer publiquement qu’il existe aussi, et à l’intérieur même d’Israël, d’autres voix juives, anticolonialistes, anti-génocidaires, comme il en existe d’ailleurs en France avec l’UJFP ou le collectif Tsedek!
Ces dernières années, dans le contexte du génocide à Gaza, la direction du club de Sankt Pauli comme nombre de ses supporters, notamment les ultras, ont affirmé de nombreuses fois leur soutien à Israël. Cela vous a-t-il étonnés?
Évidemment non, mais plus que des positions de soutien à Israël – qui existent dans la gauche allemande, ne le nions pas – c’est le fait de nier ce que subit le peuple palestinien depuis 80 ans, à savoir la spoliation, la colonisation, et maintenant un génocide, qui nous choque. Ce non-soutien à un peuple opprimé est d’autant plus incompréhensible que le soutien légitime pour d’autres peuples opprimées – les Kurdes par exemple – est très prononcé à Sankt Pauli. Ce débat n’existe pas qu’à Sankt Pauli, mais bien dans toute la gauche allemande et ce depuis des décennies. Il ne faut jamais oublier l’histoire du nazisme et la Shoah qui font qu’une partie de la gauche allemande considère, totalement à tort, que toute remise en cause de la politique de l’état d’Israël, ou pire, qu’une solution d’un État laïque où Juifs et Arabes vivraient ensemble, est par principe antisémite. Nous nous élevons évidemment contre cette analyse, particulièrement forte dans le mouvement dit “antideutsch” qui lui-même est assez influent à Hambourg et parmi les Ultras Sankt Pauli.
En opposition à la direction du club et à nombre de ses supporters hambourgeois, des groupes de fans de Sankt Pauli à l’international ont protesté contre le génocide à Gaza et contre les positions de leur club de cœur. Ils ont été accusés d’antisémitisme, avant de s’auto-dissoudre. Quant à vous, en juin 2024, dans une déclaration, vous critiquiez le soutien à Israël, que vous qualifiez de “hors sol et complètement déconnecté”. Vous affirmiez aussi que “le projet fasciste et colonialiste de Benjamin Netanyahou doit être stoppé au plus vite.” Comment cette prise de position a-t-elle été reçue?
Nous pensons qu’en général, les prises de position contre la politique du gouvernement d’Israël, contre le colonialisme, contre le génocide et en faveur des droits des Palestinien.nes, sont de plus en plus populaires, ne serait-ce que parce qu’aujourd’hui tout le monde voit, malgré l’assassinat des journalistes palestiniens et l’interdiction de se rendre à Gaza, l’horreur qui se déroule sous nos yeux. Les positionnements “antideutsch” semblent reculer en Allemagne, avec l’apparition d’une nouvelle gauche. Il n’y a qu’à voir le débat dans le parti Die Linke sur la définition de l’antisémitisme. À la définition traditionnelle de l’IHRA (Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste) qui peut permettre l’assimilation de la critique du sionisme à de l’antisémitisme, s’oppose celle de “La Déclaration de Jérusalem sur l’Antisémitisme”, issue de 200 universitaires, qui dit clairement que l’antisionisme – le refus d’un état confessionnel juif – n’est pas de l’antisémitisme. Cette déclaration dit aussi explicitement que “Le boycott, le désinvestissement et les sanctions sont des formes courantes et non violentes de protestation politique contre les États. Dans le cas d’Israël, elles ne sont pas, en soi, antisémites”. Cette deuxième définition qui s’oppose à l’amalgame honteux “antisionisme=antisémitisme” a été adoptée par Die Linke après moult débats, parfois agités, reconnaissons-le.
D’ailleurs ce qui nous choque c’est l’assimilation, y compris par Dialectik Football, de l’ensemble, ou du moins d’une majorité des supporters.trices du FCSP aux positions antideutsch. Très vite après le 7 octobre, des banderoles dénonçant la politique d’Israël sont apparues, des groupes de supporters affinitaires ont sorti des écharpes, ou des autocollants pour la Palestine. Des tags sont aussi visibles en ville… Bref, bien malin qui peut savoir l’avis majoritaire des supporters.trices du FCSP sur le conflit israélo- palestinien. Faire des supporters.trices du Sankt Pauli des défenseur.seuses d’Israël, c’est quand même largement une caricature, que nous combattons et dénonçons.
J’imagine qu’en plus de l’aide financière que vous apportez aujourd’hui, vous espérez de nouveau susciter le débat et la réflexion en affirmant aujourd’hui soutenir l’Association France Palestine Solidarité et Mesarvot. Des discussions avec d’autres associations de supporters de Sankt Pauli sont-elles prévues?
Évidemment! Nous sommes d’ailleurs en contact et amis avec des groupes du FCSP qui partagent nos positions, et à l’international de nombreux fan club sont depuis le début sur nos positions. Que le débat se poursuive dans le respect et sans anathème d’aucune part.
Le supportérisme est souvent associé au fait de soutenir le club de la ville dont on est originaire ou l’équipe associée à la ville où l’on vit. Quel est le sens de s’affirmer supporter d’un club situé dans un autre pays? N’est-ce pas se condamner à l’impuissance ou courir le risque de l’entre-soi que d’associer l’antifascisme ou le militantisme de gauche radicale à un seul club étranger plutôt que de s’insérer dans des formes de supportérisme liées à des cultures et des vies sociales locales?
Pour commencer, notre fan club n’est pas un fan club “France” mais “Francophonie” qui regroupe donc les supporters.trices du FCSP qui utilisent la langue française. À ce titre nous avons des adhérent.es habitant Hambourg, parfois depuis des années et des années. Pour le reste, cette question c’est un peu de la philosophie: est-on assigné à résidence dans son supportérisme en raison de la ville de ses origines? Nous pensons que non! Beaucoup d’entre nous supportent le club de leur ville et/ou de la ville d’où ils sont originaires – Marseille, Lens, etc – mais toutes et tous supportent le FCSP car ils aiment le quartier de Sankt Pauli, en sont tombés amoureux quand ils l’ont visité ou tout simplement aiment l’atmosphère politique et les combats du quartier ainsi que les tentatives du club de montrer qu’un autre football est possible et se construit. Par ailleurs beaucoup d’entre nous s’intéressent et sont “sympathisants” des clubs dont les supporters.trices se réclament de l’antifascisme – qui est bien le ciment de tous nos adhérent.es – comme le Red Star, l’AEK, le Rayo Vallecano, les clubs du Calcio Popolare, les tribunes marseillaises… Loin de nous l’idée que le football antifasciste ne serait porté que par le FCSP, mais c’est quand même l’un des étendards de ce football.
Une question plus sportive, tout de même… Sankt Pauli vient d’être rétrogradé en deuxième division, deux ans après y être monté. Qu’espérez-vous de la prochaine saison?
Sportivement… on verra. Mais est-ce vraiment l’essentiel ? On part sur un nouveau cycle, notamment avec le départ de notre capitaine Irvine qui incarnait toutes nos valeurs du Sankt Pauli! Sinon on veut des bons délires, des déplacements de légende… Cette nouvelle saison sera surtout l’occasion de nous retrouver ainsi que de rencontrer des groupes et personnes ayant nos valeurs !
Merci à vous. Souhaitez-vous ajouter une dernière chose?
Plus que toute victoire sportive, nous souhaitons la défaite des fascistes du RN aux élections de 2027!
Propos recueillis par Vivian Petit

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