Chili: le championnat n’a toujours pas repris

Au Chili, les manifestations continuent. Les annonces du président Piñera n’ont en rien calmé la colère qui s’exprime dans les rues du pays depuis maintenant trois semaines. Le football professionnel chilien est toujours à l’arrêt depuis le week-end du 19 octobre dernier. Soit quatre journées de championnat intégralement reportées. La ligue professionnelle (ANFP) annonce une reprise pour les 16 et 17 novembre prochains.

La révolte sociale qui a éclaté le 17 octobre dernier, suite à la hausse du prix du ticket de métro – mesure retirée depuis – et plus généralement contre la vie chère, ne retombe pas. Les manifestants se lèvent contre trente années de réformes libérales et de privatisations qui a plongé une grande partie de la population dans l’endettement ou la misère.

Délocalisation de la finale de la Copa Libertadores

Dans ce contexte, après avoir parié sur un rapide retour au calme au Chili, la Conmebol a annoncé ce mardi 5 novembre la délocalisation au Pérou de la finale de la Copa Libertadores, entre River Plate et Flamengo, initialement programmée à l’Estadio Nacional de Chile. Pour la deuxième édition d’affilée, la Conmebol s’est retrouvée contrainte de délocaliser la finale de la Copa Libertadores.

Le football chilien n’a pas seulement été impacté par la paralysie de ses championnats professionnels depuis l’état d’urgence décrété le 19 octobre. De nombreux joueurs, et non des moindres se sont démarqués par leur solidarité affichée envers la révolte. Parmi la génération dorée double vainqueur de la Copa America en 2015 et 2016, Arturo Vidal et Claudio Bravo se sont distingués par des messages appuyés en faveur des manifestants. De leur côté, des supporters de groupes rivaux continuent de lutter côte à côte dans les rues de la capitale.

Ils veulent reprendre le football pour calmer les gens. Mais nous ne sommes pas d’accord. Nous pensons même que le football est passé au second plan.”

Esteban Paredes

Reprise annoncée pour les 16 et 17 novembre prochain

L’ANFP, dans l’intérêt du gouvernement et des intérêts économiques des propriétaires des clubs, oeuvre depuis plusieurs jours à une reprise du football au Chili. Mais elle se heurte à la popularité du mouvement parmi les joueurs. Le capitaine et véritable légende de Colo-Colo, Esteban Paredes, meilleur buteur de l’histoire du championnat chilien, est monté au créneau dans les médias. “Ils veulent reprendre le football pour calmer les gens. Mais nous ne sommes pas d’accord. Nous pensons même que le football est passé au second plan, poursuit Esteban Paredes. Nous serons toujours du côté des gens, car les footballeurs, nous venons aussi de familles qui souffrent. Nous nous battons pour des choses plus importantes.”

Réunis en conseil syndical (SIFUP), des représentants des 16 clubs de l’élite ont annoncé qu’ils renonceraient à jouer si d’aventure l’ANFP envisageait une reprise du championnat pour ce week-end des 9 et 10 novembre.  Au moins, pour une quatrième journée d’affilée, donc. Le SIFUP, par la voix de son président Gamadiel Garcia, semble se ranger derrière l’avis d’une reprise du championnat les 16 et 17 novembre, à la demande de l’ANFP qui espère boucler les six dernières journées d’ici à la mi-décembre.

Les clubs de 2e division s’estiment plus lésés

Quelques clubs de 2e division ont accusé l’ANFP de ne pas les avoir soutenu économiquement jusqu’ici. Certains, dans une situation économique trop fragile, n’auront pas survécu à la révolte sociale. C’est le cas de l’Independiente de Cauquenes a annoncé son retrait du championnat de Primera B. Dans la tourmente, l’ANFP s’est concentré sur les grosses cylindrées qui demandaient une reprise rapide des matchs, pleurnichant sur le manque à gagner causé par la situation. Notamment Colo-Colo, Universidad Católica ou encore Universidad de Chile. Clubs dont certains joueurs et surtout les supporters sont fidèles au mouvement social.

Preuve que les intérêts opposés entre les fractions bourgeoises du pays et les classes populaires traversent aussi le football qui ne pacifie pas les tensions sociales. La prochaine reprise du championnat n’apaisera rien, sinon le moral des propriétaires des clubs qui reprendront le cours de leurs profits.

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