Une campagne pour en finir avec la publicité des jeux d’argent dans le football britannique

(©The Big Step)

La loi qui encadre les jeux d’argent au Royaume-Uni depuis 2005 – le Gambling Act – pourrait bientôt être réformée et adaptée à l’ère numérique. En attendant, plusieurs clubs ont rejoint la campagne “The Big Step” qui entend mettre fin à toute forme de pub et de sponsoring en faveur de cette industrie.

Le Clapton Community Football Club est récemment devenu le 17e club à soutenir la campagne “The Big Step”, initiée en 2020 par Gambling with Lives, une association fondée par des familles ou des proches de victimes des jeux d’argent. Il s’agit d’une vraie question de santé publique. Une récente étude indique que “près de 650 suicides sont liés aux jeux d’argent chaque année au Royaume-Uni, les personnes dépendantes aux jeux d’argent ayant jusqu’à 15 fois plus de chances de s’ôter la vie que le reste de la population.” Pendant ce temps-là, une dizaine de clubs de Premier League arborent chaque week-end des sponsors de paris sportifs sur leur maillot.

Les adolescents anglais touchés par l’addiction aux jeux

Ce soutien du Clapton CFC coule de source. Sur son site, le club a rappelé sa démarche éthique en terme de partenariats. “Nous n’accepterons pas d’argent de la part de sociétés de paris ou de jeux, car nous connaissons les dommages et la pauvreté que la dépendance au jeu peut causer aux individus et à leurs familles. Les fans, quelque soit leur âge, de Clapton ne seront jamais exposés à des publicités sur les jeux d’argent de notre part ou de quiconque le représentant. Nous sommes plus qu’heureux de nous joindre à la campagne Big Step.”

Le fameux club de l’est londonien qui appartient à ses supporters s’ajoute ainsi à la liste des premiers clubs engagés dans cette campagne, on retrouve Luton Town, Tranmere Rovers ou Forest Green Rovers, l’actuel leader de la League Two. Citons aussi le Lewes FC, club de 7e division, qui a noué un partenariat avec Gambling with Lives et participe à un programme éducatif de prévention sur la question des jeux d’argent. Au Royaume-Uni, on estime à 450 000 le nombre d’adolescents – dans la tranche 11-16 ans – qui jouent, dont au moins 55 000 seraient déjà dépendants.

Vers un retrait de la pub sur les maillots?

Du côté de James Grimes, à l’origine de “The Big Step”, l’optimisme est de mise. “Avec de plus en plus de clubs de toutes les ligues qui disent non aux publicités pour les jeux d’argent, nous n’avons aucun doute sur le fait que l’emprise de l’industrie du jeu sur le football est en train de disparaître.” L’analyse est peut-être un peu précipitée même si, malgré le chantage et la pression mise par les patrons de l’industrie du jeu, une rumeur laisse penser que le sponsoring par des sites de paris sportifs pourrait bien être banni des maillots comme c’est le cas en Espagne depuis le début de cette saison 2021/22.

Sondage commandé par la Coalition Against Gambling Ads en octobre 2020: pour 66% des fans interrogés il y a trop du publicité pour les jeux d’argent dans le football (©Survation)

C’est du moins ce que pourrait contenir le fameux “Livre blanc” contenant les propositions du gouvernement britannique, dont la publication a été annoncée Chris Philp – sous-secrétaire d’État en charge des jeux d’argent – pour ce début d’année 2022. On parle aussi de mesures un peu plus choquantes comme le fait de devoir divulguer ses comptes bancaires aux sites pour pouvoir parier. Une façon pour le moins stigmatisante de vouloir régler un problème qui, on le sait bien, touche majoritairement les franges les plus pauvres.

La cible des enseignes de jeux d’argent, ce sont les prolétaires

En Espagne, au-delà des supporters, la lutte commencée en 2018 contre les “casas de apuestas” a fédéré de nombreuses associations ou collectifs issus des quartiers populaires. A Madrid, la Federación Regional de Asociaciones Vecinales Madrileñas (FRAVM) alertait alors sur la prolifération des boutiques de paris sportifs et de jeux d’argent (+ 300 % en quatre ans), principalement au cœur des quartiers ouvriers. “Le football est souvent l’hameçon qui attire les parieurs pour la première fois, et beaucoup d’entre eux développent ensuite une forte et dangereuse dépendance aux jeux d’argent.” explique le porte-parole du Clapton CFC.

Dans son enquête publiée en février 2021 sur Médiapart, Latifa Oulkhouir montre à quel point les sites de paris sportifs, en plein essor, focalisent sur les jeunes prolétaires issus des quartiers paupérisés. Les publicités jouent avec les codes de cette jeunesse pour mieux la racoler, comme celle vendant le rêve de mettre “la daronne à l’abri”. Les jeux d’argent et de hasard font miroiter la possibilité de s’extraire légalement de sa condition précaire. Et les sites de jeux et de paris multiplient les techniques – en offrant notamment des paris gratuits – pour stimuler la dépendance des joueurs, surtout les perdants, qui sont ultra-majoritaires. Les seuls vrais gagnants, ce sont les sites ou les sociétés de paris. L’industrie des jeux d’argent se régale de la pauvreté. Et cette réalité n’a pas de frontière.

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