“Black Knight, BlueCo, même poison”: lorientais et strasbourgeois unis contre la multipropriété

En amont du match de Ligue 1 entre Lorient et Strasbourg au Moustoir, dimanche 26 avril dernier, environ 200 supporters des deux équipes – Merlus Ultras 95 et Ultra Boys 90 – ont manifesté pour protester contre le système des multipropriétés. C’est inédit et témoigne de la détermination des ultras à ne pas laisser l’identité de leur club être piétinée par les affairistes du football.

Avec ceux du Red Star, les ultras strasbourgeois (UB90) et lorientais (MU95) sont à la pointe de la lutte contre ce « fléau » qui gangrène le football au delà des frontières hexagonales. Quelques supporters du Red Star, acteurs incontournables de cette lutte, étaient d’ailleurs présents dans les rues de Lorient. Ils ont joué un rôle prépondérant dans la rédaction de la proposition de loi d’Eric Coquerel, député LFI, qui attend toujours qu’elle soit mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale.

La critique de ce système en pleine expansion incite ces tribunes populaires à s’allier dans la lutte, seule voie permettant d’envisager un rapport de force. Les fonds d’investissement possédant plusieurs clubs sont généralement basés à l’étranger, hors d’atteinte des supporters des différents clubs qu’ils possèdent.

Le FC Lorient est depuis janvier 2026 entre les mains de Bill Foley, un milliardaire américain déjà propriétaire de Bournemouth, club de Premier League, à travers le fonds Black Knight. Dans une configuration similaire, le RC Strasbourg appartient au fonds BlueCo depuis 2023, qui possède aussi Chelsea, mastodonte du football européen au 21e siècle. Dans la lutte contre la multipropriété, il autant question de défense de l’identité historique des clubs que leur indépendance.

Le refus de devenir un club filiale 

Dans le cortège, les messages “BlueCo Out!” des Strasbourgeois font échos aux “Foley Out!” des Merlus. « Foley ne sait même pas situer Lorient sur une carte », peste un ultra local au micro du journal Ouest-France. Le slogan “Black Knight, BlueCo, même poison”, a été repris en chœur par les ultras. La crainte dominante de ceux qui voient leur club attrapé dans les filets de la multipropriété, c’est qu’il se transforme en filiale. Les transferts en Premier League vers les maisons-mère Bournemouth ou Chelsea en sont les signes les plus marquants.

Dango Ouattara et Élie Kroupi Jr ont déjà été récupéré par Bournemouth, à un moment où Foley ne possédait encore que 40% du FCL. À Strasbourg cette relation de subordination est encore plus marquée. On ne compte plus les mouvements entre les deux clubs Jusqu’au cas de l’entraîneur Liam Rosenior, promotion… Et même si Strasbourg connaît une belle saison cette année, avec une demi-finale européenne dans quelques jours, ces performances n’effacent pas les inquiétudes de ses supporters.

Les résultats relativement bons obtenus par le club alsacien n’attenuent pas ce furieux sentiment d’être une équipe réserve, voire le centre de formation, de Chelsea.

La multipropriété est aussi l’illustration du mépris généralisé que le football moderne, dérégulé et ultra-libéral, a pour les supporters qui ne sont plus considérés que comme une vulgaire clientèle. Les groupes qui résistent font office de dernier rempart. Derrière le rejet de la multipropriété, une vision alternative du football se dessine, par petites touches. L’idée d’une propriété collective, encore trop peu mise sur la table, est la suite logique et la meilleure protection contre les fonds vautours.

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