Le Baiona FC: identité basque, ancrage local et valeurs sociales

À l’origine, une poignée d’amis avec une idée simple: jouer au football ensemble. Cette saison, le Baiona Football Club fête ses dix ans. Avec sa Peña Hitza Hitz et son Kop, il est devenu un acteur à part entière du paysage sportif local avec une identité et des valeurs affirmées. Entre ambitions sportives, ferveur populaire et engagement social, le club bayonnais continue de tracer sa route. Entretien avec son président.

La mairie de Bayonne, invoquant le manque d’infrastructures, était plutôt réticente à l’idée d’un nouveau club. Aujourd’hui le Baiona FC s’est installé comme la troisième entité de cette ville d’environ 55 000 habitants. “A côté de l’Aviron Bayonnais et des Croisés de Bayonne on fait figure de Petit Poucet”, reconnaît Gaétan qui occupe la fonction de président depuis deux ans. Pas pour rien que le club s’est choisi le moustique pour emblème. “C’est petit, c’est très chiant et ça lâche jamais rien”. Le petit insecte a aussi été un compagnon tenace lors des toutes premières parties improvisées au bord de la Nive. Il compte aujourd’hui deux équipes séniors, évoluant au niveau départemental, et une soixantaine de licenciés.

Après une année de rodage, le club a démarré son parcours dans les compétitions officielles lors de la saison 2016/2017. Partie de D5, l’équipe fanion a rapidement gravi les échelons jusqu’en D2, où elle est encore cette saison. Pour l’instant, le club n’a ni équipe féminine, ni de section jeunes. “Si on monte en Départementale 1 – ce qui reste notre objectif – le District impose d’avoir des équipes dans trois catégories différentes, sinon le club devra s’acquitter d’une amende”. La création d’une école de foot est un passage obligé dans le développement et la structuration du club. “On a commencé à se poser la question il y a quelques années: soit on le fait nous-mêmes, soit on fait une entente avec un autre club. Pour l’instant, on est plutôt partis pour le faire nous-mêmes. On se donne deux à trois ans”, poursuit Gaétan.

L’apport des ultras

Dès le début, un Kop de supporters s’est constitué et a accompagné les sorties du Baiona FC sur les terrains des Pyrénées-Atlantiques. “C’était un truc assez dingue en réalité, ça nous arrivait de jouer devant 150 personnes parfois”, se remémore le président, un brin de nostalgique. Le point d’orgue a sans conteste été la finale de la Coupe Dargains en 2018. Un moment inoubliable dans la jeune histoire du club qui “entretient cette culture ultra, avec des fumigènes, des banderoles. On essaye pas mal de choses pour que de nouvelles personnes rejoignent le Kop qui est un peu moins fourni ces derniers temps. Sans les supporters qui viennent pousser au bord du terrain, on serait rien”.

Le cœur de cette joyeuse bande de Moustiques bat aussi en partie pour le petit club basque d’Eibar, basé non loin de Saint-Sébastien. Actuellement en Ligue 2 espagnole après avoir été en Liga entre 2014 et 2021, Eibar se démarque par sa gouvernance démocratique. Une amitié de longue date unit les membres du Baiona FC au groupe de supporters Ezkosia La Brava. “C’est un club de notre région, tout en étant un peu différent de ce que peuvent être l’Athletic Bilbao ou la Real Sociedad, ça nous a séduit. On s’y rend au moins une fois par saison.”

Le BFC et son Kop sont attachés à l’identité et aux valeurs solidaires du Pays Basque, terre chargée de luttes pour l’autodétermination, le rapprochement des prisonniers politiques ou l’accueil des réfugiés. “Si tu poses la question à des Bayonnais, ils te diront assez facilement que le Baiona FC est un ‘club alternatif’, ‘un club de gauche’. Peut-être qu’au fond c’est ce qu’on est, mais nous on ne s’est pas positionné politiquement. Par contre, l’engagement social fait partie de notre ADN, on le maintiendra tant qu’on existera”, nuance Gaétan. Des associations de soutien aux migrants, comme le collectif Diakité, se sont rapprochées du club pour permettre à certains demandeurs d’asile de venir aux entraînements, voire de prendre une licence.

L’autre Peña du Petit Bayonne

Dès sa création, le club a défendu son ancrage dans le territoire et la ville, autour de valeurs fortes”, explique Gaétan. En 2021, membres et supporters avaient pris position en faveur de la mobilisation pour le droit au logement et contre la spéculation immobilière. Une problématique prégnante au Pays Basque. “À notre échelle, en tant qu’acteur du territoire, c’est quelque chose contre lequel on doit lutterOn a beaucoup de copains qui sont Bayonnais mais qui ne peuvent pas se loger ici parce que les loyers sont devenus trop chers”, développe le président du BFC qui évoque l’anecdote de ce coach qui voulait venir, mais qui a finalement dû renoncer faute d’avoir pu trouver un logement.

Si le club arrive à se maintenir à flot et même à se projeter, c’est qu’il dispose d’un atout de taille: la Peña Hitza Hitz, qui signifie “une parole est une parole” en basque. La Peña n’est pas seulement le siège du club, c’est une excroissance du Baiona FC. Depuis 2019, elle est un appui essentiel à sa survie économique. Le local, loué par un des fondateurs du club, permet de faire rentrer environ 8000 euros par an dans ses caisses, soit environ 40% de son budget, grâce à la participation aux deux principaux évènements festifs de la ville: la Foire au Jambon et les Fêtes de Bayonne. “Le label ‘Peña’, délivré par la mairie, nous permet d’ouvrir au public pendant ces évènements, c’est même vital pour nous”, appuie Gaétan.

Jusqu’en 2019, le temps de trois éditions, le Baiona FC a aussi organisé le Festival des Tontons Bestak. “Cette implication culturelle c’est un exemple de ce qu’on veut faire avec le club, à côté du foot.” Être imaginatif pour trouver des fonds, c’est la réalité de nombre de “petits” clubs amateurs. La cotisation au District et à la Ligue, le défraiement des arbitres, les engagements en championnat et en coupe, les cartons jaunes et rouges…Tout ça a un coût. C’est le prix à payer d’un engagement dans les compétitions de la FFF. “Nous si on arrive à terminer la saison à l’équilibre, ça nous va très bien.”

Pérenniser le club, un combat ordinaire

S’il bénéficie d’une petite subvention municipale, le club cherche à s’auto-financer au maximum pour boucler un budget annuel d’environ 23 000 euros. La recherche de sponsors est un sport à part entière pour l’équipe dirigeante. D’autant que le Baiona FC n’associe pas son nom à n’importe quelle enseigne. “On a toujours opté pour des partenariats locaux, généralement des endroits où on aime bien aller et des gens qui comprennent qui on est.” Sur le tout premier maillot, le logo du Sankara interpelle. Derrière le nom du célèbre révolutionnaire africain, “un bar un peu punk du Petit Bayonne, complètement aligné sur nos valeurs, où on a fêté le titre de champions de D5, obtenu dès notre première saison”, sourit Gaétan à l’évocation de ce souvenir.

S’ils peuvent contempler avec fierté le chemin parcouru par le club, ses membres réfléchissent encore aux moyens de renforcer la dynamique. “Aujourd’hui, l’association n’est composée que de licenciés. L’idée c’est d’ouvrir les adhésions aux gens qui gravitent autour du club et de permettre une participation élargie aux prises de décision. Ça devrait se mettre en place à partir de la saison prochaine. Ça part d’un constat simple: on a besoin de personnes qui fassent vivre le club, et pas seulement de joueurs.” Dix ans après sa naissance, la pérennisation du club reste un combat. “Finalement, chaque année de plus est une année de gagnée”.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*