Borja Iglesias, le champion du monde qui prend les stéréotypes du football à contre-pied

Récent vainqueur de la Coupe du monde avec l’Espagne, Borja Iglesias est devenu une des figures les plus singulières du football masculin. Soutien des joueuses espagnoles après l’affaire Rubiales, défenseur des droits LGBTQIA+, engagé contre le racisme et pour la santé mentale, l’attaquant du Celta de Vigo continue de défier les codes virilistes d’un sport en crise.

Sa poignée de main furtive avec Donald Trump a été scrutée. Il s’y était résigné. Dans un entretien accordé à la revue Panenka, il avait averti qu’il allait se plier au protocole de la FIFA, malgré la présence dérangeante de Trump pour remettre le trophée au vainqueur. “J’espère le saluer à un moment où nous serons tous très heureux, et que ça passe très vite pour pouvoir l’oublier ensuite. Je pense que ce n’est pas le moment de créer la polémique, les gens connaissent parfaitement ce que je pense. J’adorerais faire beaucoup de choses mais la réalité, c’est que même si les gens pensent que je suis tout-puissant, je n’ai pas autant de pouvoir que ça pour m’attaquer à certaines choses”, a-t-il poursuivi. Malgré ses engagements, Borja Iglesias partage aussi les rêves de nombreux footballeurs: jouer la compétition la plus prestigieuse et la remporter. “Je me considère comme quelqu’un de très chanceux. Je vais vivre le plus beau moment de ma carrière, celui de profiter d’une Coupe du monde”, avait-il glissé en conférence de presse, avant le début de la compétition.

Après la victoire en finale contre l’Argentine, Borja a retrouvé Jenni Hermoso sur la pelouse du MetLife Stadium. Une accolade émouvante devant les caméras de la chaîne TUDN. “Après ce qui s’est passé, nous avons créé un beau lien. Nous avions beaucoup d’affection et de respect l’un pour l’autre, même si nous ne nous connaissions pas vraiment”, a alors expliqué l’attaquant galicien au micro de Juan Pablo Sorín. Jenni Hermoso l’a remercié chaleureusement. “Borja a été l’un de ceux qui ont élevé la voix, sans se soucier de ce qui pourrait lui arriver ensuite.” Il était monté au créneau suite à l’affaire dite “du baiser forcé” de Luis Rubiales, en fait une agression sexuelle, sur Jenni Hermoso. Ce soutien aurait pu mettre un terme définitif à son histoire avec la sélection espagnole. En cohérence, il avait en effet décidé d’y renoncer tant que Rubiales serait à la tête de la fédération (RFEF). Une manière de se solidariser de ses collègues féminines et d’exiger des changements majeurs au sein de l’instance.

Javier Bardem fait partie des fans de Borja Iglesias, dont il partage les convictions sociales. Le joueur a offert un de ses maillots à l’acteur oscarisé, avant le 1/4 de finale contre la Belgique.

Porter le maillot de la sélection espagnole est l’une des plus grandes fiertés de ma carrière. Je ne sais pas si je serai un jour de nouveau sélectionné, mais j’ai décidé de ne plus revenir tant que les choses ne changeront pas et que ce type d’actes ne sera pas sanctionné”, avait-il alors écrit sur ses réseaux sociaux, réclamant “un football plus juste, plus humain et plus digne.” Une prise de position qui lui avait valu d’être la cible d’insultes et de moqueries. Par la suite, Rubiales a fini par démissionner et les portes de l’équipe nationale se sont rouvertes. Son excellente saison avec le Celta de Vigo, conclue par 18 buts, n’a pas échappé au sélectionneur Luis de la Fuente. La saison précédente, il avait inscrit le but qui avait permis au club galicien de retrouver l’Europe après neuf ans d’absence.

Ongles vernis contre les oppressions

Borja Iglesias est un footballeur à part, en parfait décalage avec les stéréotypes du footballeur de haut niveau. Celui qu’on surnomme “Panda” depuis l’adolescence fait partie des rares joueurs à assumer des prises de position politique en soutien à la cause palestinienne ou au mouvement Black Lives Matter pour lequel il a commencé à jouer avec les ongles vernis en 2020. “Je m’étais déjà verni les ongles chez moi, en privé, mais je n’avais jamais osé le faire pour un match. Ce qui s’est passé aux États-Unis était bouleversant et d’une extrême brutalité ; je voulais sensibiliser les gens.” Son geste a rapidement attiré l’attention des médias. Son engagement contre les injustices, la xénophobie et l’homophobie fait pleinement partie de son identité de footballeur.

Avec ses compères Héctor Bellerín et Aitor Ruibal du Bétis Séville, il s’est élevé contre le modèle traditionnel de la masculinité dans le football. Borja Iglesias n’hésite pas à casser les codes en s’affichant sur les réseaux avec les ongles vernis. Les insultes homophobes reçues en retour ne freinent pas sa détermination. “Je pense que je serais bien plus heureux en étant ‘pédé’ qu’en étant comme eux, remplis de haine et n’ayant rien de mieux à faire que d’insulter les autres à la fin d’un match”, expliquait-il dans le journal L’équipe. Il s’est associé à diverses campagnes contre les discriminations visant les personnes LGBTQIA+.

Ce qui me dérange, c’est qu’une personne homosexuelle puisse avoir peur de faire son coming out à cause de ce type de réactions. Ne pas pouvoir être soi-même est inacceptable. C’est pourquoi la lutte contre l’homophobie est essentielle, et c’est pour cela que je m’y engage”, avait-il ajouté. Le joueur peut compter sur le soutien du club, de ses coéquipiers et des supporters. Après un déplacement à Séville marqué par de nombreuses insultes, comme “Va te vernir les ongles, pédé!”, le Celta a lancé un appel à venir au stade les ongles vernis, à l’occasion de la réception du Rayo Vallecano au Balaídos. La volonté commune d’adresser un message fort: le football doit être un espace inclusif.

Exceptés les quelques bas du front qui l’insultent depuis les tribunes ou cachés derrière l’anonymat de leur écran, la personnalité de Borja semble faire l’unanimité. Même le site de l’UEFA lui a consacré un portrait en janvier 2026, mettant en avant son engagement en faveur de l’égalité de genre, mais aussi de la santé mentale des sportifs. “Parfois, nous réprimons nos émotions pour paraître moins vulnérables”, déplore-t-il. Lui qui explique avoir découvert les apports du soutien psychologique lors de son passage chez les jeunes de Villarreal. “Autrefois, les gens avaient peur de suivre une thérapie parce qu’ils pensaient que les autres les prendraient pour des fous. Aujourd’hui, je crois que nous comprenons qu’il s’agit simplement d’une autre manière de prendre soin de soi, d’évoluer et aussi de mieux traiter les autres.” Il y a encore du chemin. Borja Iglesias est de ceux qui ouvrent la voie.

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