Derry City–CSKA Sofia: débordements violents des hooligans bulgares

Sur le terrain, le CSKA Sofia s’est imposé face à Derry City, au bout du temps additionnel de ce qui n’était au final qu’une rencontre de 1er tour qualificatif de Ligue Europa. Mais la défaite des Candystripes a été éclipsée par les incidents causés en tribune par les hooligans bulgares d’extrême droite qui profitent des déplacements en Europe pour montrer leur potentiel de nuisance.

Derry City menait 1-0, grâce à un but d’Ellis Chapman, qui avait remis les deux équipes à égalité sur l’ensemble des deux matches. Peu après ce but inscrit au début de la 2e mi-temps, le match a été interrompu pendant 15 minutes lorsque des hooligans du CSKA ont lancé divers projectiles en direction des supporters locaux. Les fans présents dans les tribunes, dont de nombreux enfants, ont été contraints de se réfugier sur la pelouse pour échapper aux violences. Les stadiers et les dirigeants du club ont tenté d’apaiser la situation tandis que la PSNI était appelée par mesure de précaution. A la demande du club de Derry, la police nord-irlandaise (PSNI) est intervenue à l’intérieur du stade. De mémoire de supporters, c’est la première fois que la police intervient à l’intérieur du Brandywell Stadium pendant un match depuis 1985.

Après l’interruption, le CSKA a retrouvé des couleurs grâce à un but de Ioannis Pittas. Au bout des 17 minutes de temps additionnel, il assurera définitivement sa qualification grâce à un but marqué contre son camp par Barry Cotter. À la suite de ces événements, l’UEFA a ouvert en urgence une procédure disciplinaire contre les deux clubs. Dans un communiqué, le Derry City FC a déclaré condamner “sans équivoque” les violences et travailler “en étroite collaboration avec l’UEFA, le PSNI, le CSKA Sofia […] afin d’établir tous les faits entourant ces incidents.” De son côté, l’UEFA a engagé une procédure disciplinaire contre les deux clubs: le CSKA Sofia pour les dégradations commises par ses supporters à l’intérieur du stade et les jets de projectiles, et Derry City pour l’envahissement du terrain et une protection de l’aire de jeu jugée insuffisante.

Les Animals du CSKA à la baguette

Plus que l’élimination, les violences ont marqué les supporters présents, parfois venus en famille. “Ils arrachaient les sièges et les lançaient. Les supporters du bloc K ont dû courir sur la pelouse pour échapper au danger. Les tout-petits étaient terrorisés”, a expliqué l’un d’eux au Belfast Telegraph. Un autre témoin a indiqué que les stadiers avaient utilisé des barrières pour contenir les supporters du CSKA. Beaucoup évoquent un sentiment de panique à la vue de cette attaque hooligan. “Ce ne sont pas deux groupes rivaux qui se sont affrontés, mais bien des familles de Derry qui ont été attaquées.”

Basé en Irlande du Nord, le Derry City FC a la particularité d’évoluer dans le championnat irlandais depuis 1985. En refusant dès l’origine d’adopter le nom anglais de la ville, Londonderry, le club est un symbole des communautés ouvrières et républicaines de la ville. Ses supporters défendent des positions antiracistes et antifascistes. La venue de hooligans d’extrême droite du CSKA Sofia ne pouvait que produire des étincelles. Leur violence est notoire et prend corps au sein du Sector G. Elle est apparue dans le contexte post-soviétique, profitant de la fragilisation des institutions pour s’ancrer dans les stades. Dans les tribunes, les premières influences viennent des ultras italiens et des hooligans anglais, puis des modèles actifs en Serbie, en Pologne ou en Russie. Avec l’ultra-nationalisme comme ciment. Cette radicalité identitaire s’exprime depuis les années 1990.

Le Sector G ne forme pas un ensemble unique, mais plutôt un agrégat de groupes gravitant autour de la tribune. Parmi les plus importants figurent les Animals, groupe né en 2005 et devenu très influent. Viennent ensuite les Offenders, créé en 2017 à la suite de la dissolution du groupe Ofanziva. Racisme, xénophobie, anti-communisme primaire, ces groupes cochent les cases du hooliganisme d’extrême droite qui sévit en Europe de l’Est. Ces supporters sont aussi viscéralement homophobes et anti-roms. Les compétitions européennes sont des terrains de “jeu” privilégiés, surtout lors des déplacements. Le club participe très régulièrement aux tours qualificatifs d’Europa League ou de Conference League. Ses groupes hooligans y peaufinent leur réputation violente. Parmi la poignée d’assaillants ayant voulu forcer les barrières de sécurité, ils étaient plusieurs à porter des t-shirts siglés “Animals”.

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*