Au sortir d’une Coupe du monde que beaucoup ont trouvée écœurante, la question de sa réappropriation est devenue incontournable. Mettons un instant de côté les problèmes inhérents au football des nations et l’exaltation des tensions identitaires ou géopolitiques, pour questionner l’intérêt sportif du format. Prenons-nous au jeu d’imaginer la Coupe du monde idéale. La sobriété peut-elle constituer un contre-modèle viable face à la logique d’expansion permanente de la FIFA ?
Les appels au boycott de la compétition qui vient de s’achever n’ont, sans surprise, trouvé que peu d’écho. Pourtant, des collectifs n’ont cessé d’en dénoncer les dérives, résumées par ce slogan : “Si on aime le football, on déteste la FIFA.” Dans la lignée de João Havelange et de Sepp Blatter, Gianni Infantino a une nouvelle fois transformé la Coupe du monde en musée des horreurs. Estampillée “MAGA” et traversée par l’omniprésence de Donald Trump, cette édition 2026 aura cumulé les dérives : restrictions de visas, prix prohibitifs des billets, pauses fraîcheur transformées en écrans publicitaires, “superbowlisation” de la finale avec une mi-temps de 27 minutes. Plutôt qu’un énième inventaire de ces excès ou que le sempiternel passage en revue des “tops” et des “flops”, demandons-nous à quoi ressemblerait une Coupe du monde vraiment désirable.
Réduire les distances et les déplacements
L’édition 2026, étendue sur trois pays, s’est disputée sur une ampleur géographique inédite. La tendance est très nette: la FIFA abandonne progressivement le principe d’un pays hôte unique. Jusqu’ici, seule la Coupe du monde 2002, co-organisée par le Japon et la Corée du Sud, avait valeur d’exception. L’édition du centenaire en 2030, avec l’Espagne, le Portugal et le Maroc comme pays hôtes, commencera avec trois matchs inauguraux en Uruguay, en Argentine et au Paraguay. Soit six pays concernés!
L’unité géographique fait pourtant le charme de ce rendez-vous quadriennal qu’est la Coupe du monde. Plus que du purisme romantique, il s’agit d’une indispensable adaptation du football aux réalités climatiques. Celle-ci passe aussi par la réduction drastique du nombre de matchs. Réduire les distances et les déplacements des équipes engagées est autant bénéfique pour l’empreinte carbone que pour les organismes des joueurs, avec un impact certain pour l’enjeu et le spectacle.
Réduire le nombre d’équipes et de matchs
L’augmentation du nombre de matchs répond en priorité à une logique de revenus et d’exposition marketing, au détriment de l’intérêt sportif. Le nombre idéal est de 24 équipes. Cela implique de repenser la répartition des accessits, avec une dose de justice. Par exemple: 6 places pour l’Europe, 6 pour l’Afrique, 6 pour l’Asie, 3 pour l’Amérique du Sud, 2 pour l’Amérique du Nord et une place pour l’Océanie.
Ce redécoupage aurait le mérite de rendre les qualifications européennes et sud-américaines plus intéressantes. Mais il envoie surtout le message que la Coupe du monde n’a pas vocation à reproduire la hiérarchie économique du football dominée par l’Europe. Une véritable approche mondiale de la compétition doit accepter de redistribuer les cartes. Sans nier les rapports de force actuels, c’est un premier rééquilibrage d’un football qui n’appartient pas qu’à un seul continent.
Pour écourter des phases de poules où encore trop de matchs sont inutiles ou sans enjeu, le format le plus cohérent avec 24 nations qualifiées reposerait sur 8 poules de 3 équipes. Ensuite, direction les 1/4 de finale et ainsi de suite. Seul le premier de chaque poule gagnerait le droit d’atteindre le tour suivant. Cela maximise le potentiel décisif de chaque rencontre. On n’invente rien. Toutes ces transformations mises bout à bout donnent un total de 31 matchs, soit 73 de moins qu’en 2026!
Réduire les sommes en jeu et les sponsors
Conséquence immédiate de ces propositions de changement, les revenus de la FIFA, et donc les sommes redistribuées aux fédérations, fondraient mécaniquement. Les droits télé seraient revus à la baisse en raison du nombre de matchs. Il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit la direction prise par les instances. La cupidité orchestrée au sommet du football mondial ne cessera pas sans un rapport de force venu “d’en-bas”.
Faute de Grand Soir du football, revenir à une échelle plus “humaine” serait déjà un premier pas. Mais changer la Coupe du monde ne peut se résumer à une histoire de formule. Cela ne règle pas la question des prix inaccessibles, des déploiements sécuritaires aux frontières comme aux abords des stades, ni celle des gros sponsors issus des industries pétrolières, financières ou de la malbouffe, qui sont autant d’ennemis d’un football populaire.

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