Désormais, quand il y a une mobilisation en France, la Ligue 1 s’en aperçoit

Le gouvernement l’a reconnu, il n’avait pas anticipé le climat insurrectionnel de la journée du 17 octobre. Les effectifs policiers ont été largement débordés. Bâtiments publics incendiés, affrontements, barricades, vitrines brisées, auto-réductions dans les commerces… L’État a décidé de gonfler son dispositif de maintien de l’ordre, quitte à modifier la programmation des matchs.

Parmi les effets collatéraux de l’annonce d’un nouveau cycle de manifestations chaque samedi, les préfets interviennent sur les calendriers du football professionnel, réorganisant les journées de la Ligue 1 en week-end, notamment dans certaines villes où l’agitation est forte. Qu’il est loin le ton triomphaliste de Nicolas Sarkozy se félicitant que quand “il y a une grève en France, plus personne ne s’en aperçoit”. Il y a un air de décembre 2018 qui flotte. Le mouvement des Gilets Jaunes avait alors contraint le ministère de l’Intérieur et les préfectures à décaler les matchs en raison du manque de forces de l’ordre disponible.

Dans la même logique, les journées d’appel à manifester qui ont suivi le 17 octobre ont entraîné plusieurs modifications du calendrier du football professionnel français. L’aménagement réservé aux clubs européens et les manifestations ont décalé le multiplex de la 8e journée du samedi au dimanche. Alors que le samedi est réservé au multiplex avec quatre rencontres, celui a été décalé au dimanche. Samedi 24 octobre dernier, seul Lens-Paris FC a été joué.

Deux rencontres ont été reprogrammées: Toulouse-Troyes, sur demande de la préfecture de Haute-Garonne et PSG-Lyon, décalé au lundi 26 octobre, sur demande de la préfecture de police de Paris. Les autorités avancent une raison désormais connue: le manque de policiers disponibles. En Ligue 2, le match entre Montpellier et le Red Star a également été déplacé du samedi après-midi au lundi soir, en raison de la forte mobilisation dans la capitale héraultaise. Selon le média local Le Poing, plus de 6000 personnes y ont bravé l’interdiction de manifester le samedi après-midi.

Le football amateur n’est pas en reste. Les Girondins de Bordeaux, relégués en Régional 1, ont également dû jouer dimanche après-midi. Prévue durant le week-end du 31 octobre et du 1er novembre, la 9e journée verra aussi Nice-Rennes avancé au vendredi 30 octobre, à la demande de la préfecture des Alpes-Maritimes en raison des manifestations prévues le samedi. Une programmation qui compose également avec le calendrier européen du Stade Rennais. La réception d’Olympiakos en Europa League ayant été avancée au mercredi après-midi en prévision de la journée de grève du jeudi 5 novembre.

Troyes-Le Mans sera finalement la seule rencontre à se jouer le samedi 31 octobre. Lyon-Angers a été reprogrammé dimanche. La capitale des Gaules étant un important foyer de contestation sociale. Enfin, également prévu ce samedi, le derby breton – classé “à risques” par la préfecture – Lorient-Brest a lui été décalé au lundi 2 novembre! Une programmation décalée en semaine – tout comme pour Reims-Sochaux en Ligue 2 – qui a le don d’agacer de nombreux supporters,  locaux comme visiteurs.

Ces multiples reports témoignent d’abord du niveau de crainte de l’État face à une révolte sociale qu’il a les plus grandes peines à endiguer. Cela confirme aussi que les autorités sont incapables d’envisager un football sans police. Illustration d’une réponse exclusivement répressive à la crise sociale majeure qui s’exprime aux quatre coins du pays. Qu’il s’agisse de la jeunesse en lutte contre l’avenir désastreux qui lui est promis par les capitalistes ou des exploités qui n’arrivent plus à vivre sous le poids de la vie chère, ce gouvernement en fin de vie n’a plus que sa brutalité à opposer. Arrestations, condamnations et mutilations se conjuguent aux mesures d’interdictions de manifester et de couvre-feu pour faire taire les uns et effrayer les autres.

Comme nous nous faisions déjà la réflexion à l’époque des Gilets Jaunes, il y a un point positif à ces reports. Alors que plusieurs tribunes ont affiché leur solidarité avec les manifestations et ont dénoncé la répression policière, cela va permettre aux supporters de ne pas avoir à choisir entre aller au stade ou sur les barricades.

Édito n°96

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