Gate 7 d’Olympiakos : cinq choses à savoir cette tribune « apolitique »

Club grec basé au Pirée, port de la région d’Athènes, l’Olympiakos se rendra à Marseille et à Rennes durant la phase de groupe d’Europa League 2026/27. La Gate 7 (Θύρα 7), sa principale entité de supporters organisés, est ce qui se fait de plus à droite sur la scène grecque. Elle est constituée de multiples sections et sous-groupes, dont certains ont été impliqués dans de nombreux épisodes violents. Présentation.

La venue des ultras d’Olympiakos au Vélodrome ce jeudi 15 octobre pour le compte de la 2e journée d’Europa League, a été placée sous haute surveillance par la préfecture des Bouches du Rhône. Principales raisons, une rivalité croisée – en raison de l’amitié de groupes marseillais avec les ultras de l’AEK, ennemis de la Gate 7 – et un antagonisme politique évident. Les tribunes du Vélodrome affichent régulièrement des positions antiracistes et antifascistes, quand les ultras d’Olympiakos sont réputés pour leur ultra-nationalisme et la proximité de plusieurs éléments avec l’extrême droite radicale.

Le groupe tire son nom de la Porte 7 du stade Karaiskakis, associée à la tribune où ses membres se retrouvaient. Sa naissance en tant qu’organisation de supporters remonte au début des années 80. La date du 8 février 1981 agit comme moment fondateur dans l’histoire du groupe et central dans la construction de son identité collective. Après une victoire 6-0 contre les rivaux de l’AEK Athènes, un mouvement de foule des supporters euphoriques d’Olympiakos provoque un drame au niveau de l’escalier menant à la Porte 7: vingt-et-une personnes meurent et de nombreuses autres sont blessées. Les morts de 1981 sont régulièrement commémorés par la tribune.

Une amitié greco-serbe marquée par l’ultra-nationalisme

La Gate 7 est jumelée avec les Delije de l’Etoile Rouge de Belgrade, qui célèbrent régulièrement les criminels serbes, responsables des massacres lors de la guerre des Balkans. Les Delije ont aussi été épinglés à plusieurs reprises pour leur comportement raciste. C’est le lien le plus emblématique de la Gate 7. Les deux groupes ont d’ailleurs célébré les 40 ans de cette amitié en 2026. Outre le partage du rouge et blanc comme couleur, leur proximité repose aussi sur l’importance accordée à l’identité chrétienne orthodoxe. De façon plus lointaine, les Delije et la Gate 7 sont aussi associés aux ultras du Spartak Moscou, avec qui ils forment une alliance surnommée “Orthodox Brothers”. Sur la question du Kosovo, la Gate 7 épouse d’ailleurs la position de leurs frères des Delije. Ils ont sorti à plusieurs reprises des banderoles portant le message nationaliste “Le Kosovo, c’est la Serbie”.

Une rivalité mortelle avec les ultras du Panathinaikos

Dans le football grec, la Gate 7 entretient des rivalités avec les principaux groupes d’Athènes et de Thessalonique. Mais celle qui est la plus féroce l’oppose à la Gate 13 du Panathinaikos. ‘opposition entre les deux groupes ne peut pas être comprise sans revenir à l’histoire de leurs clubs. Clubs omnisports historiques, Olympiakos et le Panathinaïkos sont considérés comme les “éternels ennemis”. La structuration des groupes de supporters a ensuite donné une dimension supplémentaire, et parfois très violente, à cette rivalité qui dépasse le football. L’épisode le plus dramatique est la mort de Michalis Filopoulos, un supporter du Panathinaïkos poignardé le 29 mars 2007, lors d’affrontements déclenchés à l’occasion d’un match de volleyball féminin entre les deux équipes.

“No Politica”: cheval de Troie de l’extrême droite

Dans le monde des supporters radicaux, le penchant politique de la Gate 7 est un secret de polichinelle. L’influence exercée par les franges patriotes et nationalistes y est connue. Dans les années 2010, il était assez clair que les néo-nazis d’Aube Dorée étaient bien implantés dans la tribune, même si dans son discours officiel la tribune s’en est défendu. “Au sein de la Gate 7, tu vas voir des mecs de droite, de gauche, des anarchistes, des immigrés, des apolitiques. Tout est mélangé avec un seul objectif: chanter pour la gloire du club aux quatre coins de la Grèce et de l’Europe”, comme l’expliquait le journaliste Dimitris Avdoulos à So Foot en 2013. Une enquête publiée par le média grec Vice a également examiné les contradictions entre le discours apolitique revendiqué par la Gate 7 et certaines de ses prises de position publiques. Si la diversité politique existe à la marge dans la tribune, son centre de gravité est très proche de l’extrême droite.

La seule tribune grecque à refuser l’hommage à Killah P

Le 18 septembre 2013, Pavlos Fyssas, rappeur antifasciste grec connu sous le nom de Killah P est assassiné au Pirée par un militant néo-nazi d’Aube Dorée. Alors que l’ensemble des tribunes du pays rendent hommage à Killah P, une seule refuse de le faire et de condamner publiquement cet assassinat d’extrême droite: la Gate 7. Une attitude d’autant plus louche que Pavlos Fyssas était un fan d’Olympiakos. L’organisation expliquera cette absence de condamnation au nom de “l’apolitisme”. Les premières banderoles “No Politica” apparaîtront dans ce contexte, comme une justification postérieure. Pour les antiracistes, c’est une manière pour la Gate 7 de protéger les néo-nazis qui garnissent ses rangs.

Clientélisme électoral au Pirée

Les rapports clientélistes entre dirigeants et groupes ultras ne sont pas rares dans le monde du ballon rond. La relation entre la Gate 7 et la direction de l’Olympiakos, est étroite. Plusieurs enquêtes journalistiques ont décrit des liens entre une partie de la tribune et l’influent propriétaire du club., Marinakis a une influence économique et médiatique importante en Grèce. Lors des élections municipales de 2014 au Pirée, il figurait sur la liste Yannis Moralis, un ancien dirigeant de l’Olympiakos, et futur maire. Avant de devenir président de la Super League grecque, Moralis a commencé sa carrière au club en 1995 comme responsable des relations avec les supporteurs organisés, avant de devenir responsable de la billetterie. Plusieurs figures liées à la Gate 7 ont ouvertement fait campagne auprès des supporters. L’organisation officielle a soudain mis de côté son “No Politica”, démontrant un rapport à l’apolitisme à géométrie variable. Quant à Moralis, il est toujours maire du Pirée en 2026.

142 inculpés suite à la mort d’un policier

Au cours d’affrontements le 7 décembre 2023, encore à l’occasion d’un match de volley-ball féminin face au Panathinaikos, un policier antiémeute est décédé des suites de ses blessures après avoir été atteint par une fusée de détresse. Reconnu coupable du tir fatal, un jeune supporter 18 ans a été condamné à perpétuité. L’enquête plus large vise en tout 142 supporters d’Olympiakos pour “participation à une organisation criminelle”, tandis que le propriétaire du club, l’homme d’affaires Evangelos Marinakis – qui possède également Nottingham Forest – fait partie des cinq dirigeants accusés par la justice d’avoir incité à la violence et de soutenir la dite “organisation criminelle”. C’est la dernière affaire d’ampleur impliquant la Gate 7.

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