Né le 14 septembre 1954 à Saint-Chamond dans la Loire, et décédé le 25 septembre 2010, Houari Ouali est un ancien international algérien. Formé à l’AS Saint-Étienne au début des années 1970, il est le premier joueur né en France à intégrer à la fois le championnat algérien et les sélections nationales après l’indépendance. Son parcours se situe à la croisée de plusieurs histoires: celle de l’immigration algérienne en France et du football franco-algérien, révélant les tensions autour des questions de nationalité et d’appartenance.
Issu d’une famille algérienne originaire de Béni Djellil, dans la wilaya de Béjaïa, Houari Ouali grandit dans le bassin ouvrier stéphanois, profondément marqué par l’histoire de l’immigration de travail. Son père appartient à cette main-d’œuvre coloniale recrutée pour répondre aux besoins industriels et militaires de la France au cours du XXe siècle. Arrivé en 1940 dans le contexte de l’effort de guerre, il travaille comme mineur de fond au puits Couriot de Saint-Étienne, au sein d’un territoire où les mines, les forges et les aciéries de la Marine emploient alors d’importants contingents de travailleurs kabyles. Le parcours familial de Houari Ouali s’inscrit ainsi dans l’histoire sociale d’une immigration ouvrière encadrée et largement dépendante des besoins économiques et politiques de l’État français.
Très tôt, Houari se distingue par ses qualités footballistiques. À seulement quinze ans, il intègre simultanément la sélection des cadets du Lyonnais, celle de la Loire et le centre de formation de l’AS Saint-Étienne. En 1970, il signe un contrat de stagiaire professionnel de trois ans avec l’ASSE, et évoluera aux côtés de joueurs comme Rocheteau et Bathenay. Milieu offensif élégant et technique, il impressionne rapidement par sa vision du jeu et sa maîtrise du ballon.
Pourtant, alors qu’il évolue avec la réserve professionnelle stéphanoise, sa carrière prend un tournant décisif en 1973 : on lui propose une place en équipe première à condition de demander la nationalité française, les clubs professionnels étant limités à deux joueurs étrangers par effectif. Ouali refuse de renoncer à sa nationalité algérienne, un choix qui freinera ensuite son accès à la première division française. S’il est le premier d’entre eux, il est à noter qu’entre 1974 et 1980, seuls huit joueurs algériens nés en France évolueront dans le football professionnel français, principalement en deuxième division.
La dignité face aux quotas
Soutenu par l’Amicale des Algériens en Europe (AAE), qui joue alors un rôle actif dans le repérage et l’orientation des sportifs issus de l’émigration, Houari Ouali rejoint l’Algérie en 1973 et signe au MC Oran. Dès sa première saison, il s’impose comme l’un des joueurs marquants du championnat au poste de numéro 10. Il participe parallèlement aux sélections nationales juniors algériennes et remporte le tournoi international junior de Gand, en Belgique.
En 1974 à seulement dix-neuf ans, il est appelé en équipe nationale A et dispute ses premières rencontres officielles face à la Yougoslavie et à la RDA. Il évolue alors avec plusieurs grandes figures du football algérien comme Ali Fergani ou Miloud Hadefi.

Après une première expérience réussie en Algérie, Houari Ouali retourne brièvement en France à l’EDS Montluçon, où il réalise un parcours remarqué en Coupe de France face notamment à l’Olympique de Marseille ou évolue alors Jairzinho. Mais en 1975, il doit effectuer son service militaire en Algérie et rejoint l’École Militaire d’Éducation Physique et Sportive de Béni Messous à Alger, l’équivalent du Bataillon de Joinville, avant de signer au CR Belouizdad, l’un des clubs les plus titrés du pays.
Entre 1975 et 1977, il connaît une période importante de sa carrière avec le CRB. Très apprécié des supporters pour son élégance technique et son intelligence de jeu, il participe aux excellents résultats du club et continue d’être convoqué en équipe nationale par Rachid Mekhloufi.
Fin de carrière dans l’Hexagone
À partir de 1977, Houari Ouali revient définitivement en France et poursuit une carrière dans les divisions nationales françaises. Avec Montluçon, il participe à la montée historique du club en deuxième division et évolue ensuite au Paris FC sous les ordres de Roger Lemerre, puis à l’AS Libourne avant de terminer sa carrière au SO Châtellerault.
Au total, Houari Ouali dispute plus de 90 matchs en première division algérienne, avec trois phases finales de Coupe d’Algérie et près d’une vingtaine de sélections en équipes nationales. En France, il participe à quatre Coupes de France et dispute près de 300 rencontres dans le championnat français, essentiellement en seconde division jusqu’à sa retraite en 1986.
Le parcours de Houari Ouali dépasse largement le seul cadre sportif. Son histoire éclaire les contradictions auxquelles furent confrontés de nombreux enfants de l’immigration algérienne dans le football français des années 1970, pris entre appartenances multiples, injonctions nationales et contraintes institutionnelles. Refusant de renoncer à sa nationalité algérienne malgré les conséquences directes sur sa carrière, il apparaît comme une figure pionnière longtemps restée en marge des récits sportifs dominants. Cette invisibilisation révèle aussi la difficulté pour certains parcours d’être pleinement intégrés aux mémoires nationales lorsqu’ils ne correspondent ni aux représentations du sport français, ni aux figures traditionnellement mises en avant dans les récits sportifs algériens. À travers ce travail, il s’agit ainsi de rendre hommage à sa trajectoire, de lui redonner une place dans l’histoire sportive franco-algérienne. L’étude en cours permet quant à elle d’interroger plus largement les mécanismes ayant contribué à l’effacement de nombreux sportifs issus de l’immigration postcoloniale.
Mohamed Ryad OUALI
*Cet article propose une synthèse du parcours sportif de Houari Ouali tirée d’un premier travail biographique ayant abouti à l’ouvrage Houari Ouali, un roi sans couronne. Réalisée à partir d’archives françaises, de presse sportive et de témoignages d’anciens joueurs, cette recherche retrace les grandes étapes de sa carrière. Ce travail se prolonge aujourd’hui à travers une enquête socio-historique menée entre la France et l’Algérie à partir de nouvelles archives consultées notamment à Alger. Prenant le cas de Houari Ouali comme point d’entrée, elle vise à analyser plus largement les parcours des footballeurs algériens des années 1970-1980, replacés dans le contexte politique et social de l’époque: politiques de retour, enjeux de nationalité, montée du racisme anti-algérien, violences visant les immigrés et tensions entre les deux États. Plusieurs éléments nouveaux concernant son parcours et celui d’autres sportifs issus de l’immigration postcoloniale sont actuellement en cours d’étude et feront l’objet d’une future publication.

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