Ces dernières semaines, les banderoles contre le projet de loi “RIPOST” – pour “Réponses Immédiates aux Phénomènes troublant l’Ordre public, la Sécurité et la Tranquillité” – se sont multipliées dans les tribunes hexagonales. En cause : l’article 4 du projet, qui prévoit un nouveau durcissement des mesures visant les supporters. Pour les tribunes populaires, c’est une nouvelle occasion de faire front commun.
Le texte ne sera examiné en séance publique au Sénat qu’à partir du 18 mai, mais il provoque déjà des réactions au sein des groupes de supporters. Déjà dans le viseur du ministère de l’Intérieur qui a engagé des procédures de dissolution à leur encontre, les ultras stéphanois – Magic Fans et Green Angels – ont fait partie des premiers à dégainer, à l’occasion de la venue de Troyes à Geoffroy-Guichard. Au classique “Loi RIPOST: supporters unis contre l’article 4” des Magic Fans, dans le virage opposé les Green Angels ont aussi déployé un message hostile au projet de loi: “Loi RIPOST : la schizophrénie répressive continue, effaçant des années de combat pour nos libertés. Supporters unis contre l’article 4”.
Des banderoles avec des messages similaires ont notamment été sorties par les ultras de Lens, de Marseille, de Guingamp, de Rodez, de Toulouse ou encore de Grenoble, pour n’en citer que quelques-uns. Les groupes ultras, dont les membres sont particulièrement ciblés par la répression, ont tout intérêt à unir leurs voix. L’article 4 de ce projet de loi suscite en effet beaucoup d’inquiétudes. Il prévoit de durcir les conditions d’application de l’Interdiction Administrative de Stade (IAS) dont la durée maximale passerait de 12 à 24 mois. Un supporter pourrait donc, en l’absence de procédure judiciaire, être interdit de stade pendant deux ans, sur la seule décision du préfet. L’article 4 de la loi RIPOST assoit un peu plus leur pouvoir arbitraire.
L’application de l’IAS serait étendue aux cortèges et aux rassemblements des supporters. Enfin, le pointage au commissariat deviendrait aussi obligatoire la veille et le lendemain des matchs. “Sur une saison de championnat, cela représente des dizaines de pointages supplémentaires – parfois 6 par semaine – empiétant sur les week-ends, les congés, la vie familiale”, écrit l’AD2S (association de défense des supporters stéphanois), qui a publié un décryptage pédagogique du fameux article 4. Pour l’AD2S, cette extension spatio-temporelle tend de plus en plus à faire de l’IAS – prétendument préventive – “une peine punitive prononcée sans juge”.
La prétendue lutte contre la violence dans les stades ne représente que quelques lignes de ce projet de loi de 33 articles, couvrant de nombreux sujets allant des rodéos urbains aux free parties, mais aussi l’utilisation du protoxyde d’azote ou les tirs de mortier. Mais le ministère de l’Intérieur n’allait pas laisser passer l’occasion de porter de nouveaux coups aux libertés des supporters.

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