De retour dans les stades après trois semaines de trêve internationale, plusieurs tribunes ont affiché leur solidarité avec la mobilisation lycéenne qui, depuis septembre, fait trembler le gouvernement d’Emmanuel Macron. Ce dernier réplique, comme à son habitude, par une répression brutale. Une musique que les groupes ultras ne connaissent que trop bien. Même si on est loin d’assister à une convergence réelle, les lignes bougent et la contestation sociale gagne peu à peu les tribunes.
Les jeunes bloquent les établissements et dénoncent tout un système scolaire qui les met en compétition les uns avec les autres. En plus du délabrement avancé de nombreux bâtiments, ils refusent l’injustice et le tri social de Parcoursup. Par ses modes d’action dynamiques et son autonomie, ce mouvement porte un espoir qui se heurte à un arsenal policier conçu pour effrayer et mutiler celles et ceux qui luttent. Comptant les poubelles brûlées, les médias dominant se chargent de les caricaturer et de les discréditer.
Signe de sa grande popularité, le mouvement lycéen trouve aussi du soutien chez les supporters de football, en témoignent les premières banderoles déployées par les ultras grenoblois, lensois et parisiens. Toutes s’indignent des violences d’État et de la répression policière. Un combat que les supporters organisés mènent depuis de nombreuses années. Les Red Kaos 94 de Grenoble sont les premiers à avoir dégainé une banderole, accrochée aux abords du Stade des Alpes durant la coupure internationale: “Soutien aux lycéens, Stop aux violences policières!!”
Attachée à l’ancrage du club lensois dans le bassin minier, la tribune Marek – animée notamment par les Red Tigers – a l’habitude des messages à caractère sociaux. Lors de la réception de Lyon, une banderole dénonçait l’action de la police, en référence aux manifestations lycéennes: “Stop aux violences policières systématiques et disproportionnées”. Au Parc des Princes, lors de PSG-Le Mans, le Virage Auteuil – considérée comme une tribune “de gauche” – avait également préparé un message de solidarité pour la mobilisation lycéenne: “Vos milices répriment, notre jeunesse résiste”.
Sortie aux alentours de la demi-heure de jeu, la banderole a rapidement été retirée suite à l’intervention des agents de sécurité du PSG. En réponse à cette censure, le Collectif Ultras Paris (CUP) à quitté la tribune pour montrer sa désapprobation. Cette “grève” a momentanément privé le Parc des Princes de sa principale source d’ambiance. De retour en deuxième mi-temps, le CUP a continué à protester en scandant plusieurs fois “Liberté pour les ultras” ou encore le fameux le chant popularisé par les Gilets Jaunes: “On est là, on est là, même si Macron ne le veut pas, on est là, pour l’honneur des travailleurs et pour un monde meilleur, nous on est là”.
De quoi faire flotter un parfum de résistance à l’approche du 17 octobre, grande date de convergence des luttes contre toutes les attaques contre les conditions de vie, d’étude ou de travail, symbolisées notamment par la hausse du prix du carburant à la pompe. Les stades de foot et les tribunes populaires, malgré les injonctions à l’apolitisme qui les traversent, ne sont pas des bulles étanches. C’est que les virages sont peuplés d’exploités en tous genres, d’étudiants ou de lycéens. Et, on l’a vu dans d’autres pays, les stades savent aussi être des caisses de résonance puissantes de la colère sociale.

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