Manchester City incarne les dérives financières du football moderne. Reconnu coupable de multiples infractions sur la période 2009-2018, le club a annoncé faire appel, prolongeant une procédure hors norme. Après plus de quatre ans d’enquête, une audience de 42 jours et près de deux ans de rédaction des conclusions, la commission indépendante a rendu son verdict. Les adversaires des Citizens attendent désormais des sanctions à la hauteur des faits retenus.
La réussite sportive de City ne repose pas seulement sur une puissance financière surdimensionnée. Le club a aussi recouru à une série de manœuvres frauduleuses visant à optimiser ses revenus. C’est du moins le verdict du “procès du siècle”, rendu public par la Premier League le 29 septembre dernier, en pleine trêve internationale. Les faits motivant ce bras de fer judiciaire entre la ligue la plus lucrative du monde et une de ses principales locomotives sont connus et documentés depuis 2018, avec les “Football Leaks” et les premières révélations du magazine allemand Der Spiegel.
Parmi toutes les infractions reprochées, Manchester City – détenu à 81% par le fonds d’investissement émirati Abu Dhabi United Group de Sheikh Mansour – a donc été reconnu coupable d’avoir déguisé des fonds propres en revenus de sponsoring. Une violation majeure du “Fair Play Financier” de l’UEFA et des Profit and Sustainability Rules de la Premier League. L’objectif est notamment d’empêcher les propriétaires de combler librement les déficits et de les inciter à adapter leurs dépenses à leurs revenus commerciaux. Sur ce point, le club est particulièrement mis en cause.
En 2011, le club avait annoncé un partenariat de dix ans avec Etihad Airways, évalué à 400 millions de livres par la presse britannique. Selon les accusations retenues, une partie des sommes déclarées au titre de ce partenariat aurait en réalité été financée par Sheikh Mansour, par l’intermédiaire de l’Abu Dhabi United Group (ADUG), plutôt que directement par la compagnie aérienne. Il faut ajouter des informations financières inexactes, des montages financiers fictifs sur le droit à l’image des joueurs et des contrats frauduleux, à l’image de celui du coach Roberto Mancini. Le “défaut de coopération avec les enquêteurs” a également été retenu, au regard “des efforts concertés pour empêcher ou entraver l’enquête”.
Aucune sanction définitive n’a été prononcée
Selon la commission, les mécanismes identifiés auraient permis de gonfler artificiellement les revenus et de minorer les coûts du club de plus de 900 millions de livres sterling sur la période concernée: 830,6 millions de livres de revenus gonflés et environ 70 millions de coûts minorés. Les avocats du club entendraient profiter du brouillage de cet enchevêtrement de holdings et de fonds souverains pour démontrer que les sommes suspectes provenaient d’un financement supplémentaire de l’Émirat destiné à promouvoir Abu Dhabi, versé à Etihad Airways. Il faut à présent attendre que la commission d’appel indépendante examine ce recours. Le “procès du siècle” qui secoue l’univers du foot business n’en est donc pas tout à fait à son épilogue.
La Premier League est confortée dans le bien-fondé de la procédure qu’elle a engagée, mais elle ne présage pas des sanctions à venir. Une audience spécifique y sera consacrée. En l’état, Manchester City s’expose à une palette de sanctions allant de l’amende au retrait de points, en passant par une relégation ou encore une obligation pour les propriétaires de céder le club. Un retrait des trois titres de champion d’Angleterre remportés pendant la période concernée est également évoqué. L’ampleur des infractions retenues pourrait conduire à une peine sans précédent. Souvent cité en comparaison, Everton avait été sanctionné d’un retrait de 10 points (8 points en appel) pour un dépassement de 19,5 millions de livres.
La Fédération anglaise de football (FA) a indiqué qu’elle prendrait les mesures nécessaires. S’estimant lésés, plusieurs clubs de Premier League souhaitent voir des sanctions appliquées dès cette saison. Mais la situation de Manchester City dépasse le cadre du football. Selon Bloomberg, les investissements du fonds souverain Mubadala dans le pays dépassent 20 milliards de livres sterling, notamment dans l’immobilier, l’énergie et la défense. Khaldoon Al-Mubarak, qui dirige Mubadala et préside Manchester City, incarne cette imbrication entre football, finance et pouvoir politique. Reste à déterminer dans quelle mesure ces enjeux peuvent avoir des conséquences sur les relations entre Londres et Abou Dhabi.
Les tricheurs attendus de pied ferme
En déplacement à Anfield pour leur premier match de championnat depuis l’annonce du verdict, les Citizens se sont imposés 3-0. Erling Haaland a rappelé l’importance “de rester forts mentalement et unis”. Actuels leaders de Premier League et auteurs d’un sans faute en championnat avec 7 victoires en 7 matchs, les joueurs restent très attentifs à ce qui se passe en coulisses. D’autant que l’accueil hostile reçu à Liverpool laisse augurer des déplacements sous tension. Les supporters de Liverpool étaient particulièrement remontés, car leur équipe a échoué de peu à trois reprises face à Manchester City dans la course au titre de Premier League.
L’annonce de la composition de l’équipe de Manchester City a été copieusement sifflée par les supporters des Reds et couverte de chants leur promettant la relégation: “Vous allez descendre, vous allez descendre!”. Reuters rapporte également la présence d’une banderole: “A Generation Of Supporters Cheated” (“Une génération de supporters a été trompée”). Une autre parodiait les paroles de Wonderwall, tube d’Oasis: “& after all, you really robbed us all”. Les paroles du groupe des frères Gallagher, fans inconditionnels de City, ont été détournées dans les tribunes d’Anfield. À l’extérieur du stade, on pouvait acheter des drapeaux aux couleurs des Citizens, arborant les inscriptions “Tricheurs” ou “Coupables”. Une étiquette bien partie pour leur coller longtemps au maillot.

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