Une conférence de presse s’est tenue le 17 juin dernier au Palazzo Madama de Rome, siège du Sénat italien, pour y porter la pétition “Pour un football juste et populaire”. Soutenu par près de deux cents groupes et associations de supporters, ce texte a recueilli plus de 150 000 signatures en deux mois et sera examiné par les parlementaires.
Fruit d’une mobilisation populaire et unitaire sans précédent, c’est une nouvelle étape qui attend le texte “Per un Calcio Giusto e Popolare”. Il doit dorénavant passer par la commission Environnement du Sénat. Les groupes de supporters italiens espèrent voir les revendications qu’ils portent être satisfaites. Ils réclament notamment une tarification accessible et un plafonnement du prix des places, des déplacement garantis ou la fin de la multipropriété. Cette initiative intervient dans un contexte de dépossession avancée du football, livré à des affairistes ou des fonds d’investissement sans attache avec l’histoire des clubs et des territoires.
La présentation au Sénat a été organisée à l’initiative du sénateur centriste Antonio De Poli qui s’érige en soutien de l’initiative. “Aujourd’hui, une fracture de plus en plus visible s’est creusée entre le football populaire, fait de passion, de sacrifice et de participation, et un système toujours davantage orienté vers des logiques économiques qui risquent d’éloigner précisément ceux qui font vivre le football au quotidien. Trois points fondamentaux doivent être préservés: garantir l’accessibilité, parce que le football doit redevenir véritablement celui de tous ; protéger la participation, parce que le stade doit être un lieu vivant, accueillant et inclusif ; assurer des règles justes et transparentes, capables de protéger la compétition ainsi que le lien entre les clubs et leurs territoires.”
Des paroles qui rejoignent les attentes exprimées par les ultras italiens, mais la méfiance reste de mise envers une classe politique qui a largement œuvré à la dérive commerciale et sécuritaire du calcio. En attendant, les 150 000 signatures soutenant ce texte témoignent de l’existence d’une volonté populaire de défendre un football vecteur de sociabilité, libéré des effets conjugués de la répression et de la marchandisation. Reste à voir si cet élan peut déboucher sur une mobilisation à même de faire pencher le rapport de force en faveur du peuple des tribunes.
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Rappel des axes revendicatifs de la pétition:
• Des prix plus “populaires”: Revendication sociale historique et majeure pour celles et ceux qui défendent un football populaire. Les ultras italiens proposent la mise en place d’un plafond tarifaire dans les virages: 20 € en Serie A, 15 € en Serie B, 10 € en Serie C. Des prix qui permettraient de garantir un football accessible aux catégories les moins aisées pour que ces tribunes gardent leur coloration sociale qui en font “le cœur battant du supportérisme”. • Des déplacements garantis pour les fans visiteurs: Cette mesure passe par la mise en place de procédures claires et rapides permettant aux supporters adverses d’organiser leurs déplacements suffisamment à l’avance. Les groupes revendiquent la liberté de circulation, censée être un droit constitutionnel, et l’achat de billets par des moyens non numériques, au nom d’une accessibilité maximale. Enfin, contre les restrictions généralisées, ils veulent que soit supprimées les interdictions de stade systématiques et les programmes de fidélisation obligatoires qui transforment les tifosi en clientèle. • Des interdictions de stade (D.A.SPO) repensées: Toute interdiction de stade devrait être soumise à l’examen d’un juge, pour garantir un véritable droit à la défense. De même, la mesure du “D.A.SPO hors contexte”, qui permet de sanctionner des tifosi pour des faits sans lien avec le football et le stade, doit être aboli selon les supporters signataires de la pétition. • Meilleur contrôle des opérations de rachat de clubs et fin des multipropriétés: Les traumatismes laissés par certaines cessions de clubs incitent les supporters à réclamer la mise en place de critères stricts et transparents imposer aux nouveaux propriétaires: solidité financière avérée et respect de l’histoire et de l’identité locale. Dans le même esprit protectionniste, ils exigent l’interdiction de la multipropriété qui piétine le lien entre le club et son territoire en en faisant une vulgaire franchise. L’expérience du Genoa, pris dans le marasme de 777 Partners, alimente cette prise de conscience collective. • Des stades pensés pour les supporters: Il s’agit d’aller à rebours de la vision de stades conçus comme des enceintes consuméristes en redonnant aux supporters “la possibilité d’apporter voix et couleur aux tribunes”. Cela implique notamment de mettre fin aux horaires indécents et aux restrictions de matériel indispensable à l’expression de la ferveur, comme les tambours. Les ultras signataires réclament aussi l’abolition du “code éthique”, qui permet aux clubs d’exclure de façon arbitraire des supporters, et la mise en place de zones dédiées aux supporters en situation de handicap ainsi qu’à ceux qui veulent assister au match debout. • Un football “méritocratique”: Celui-ci s’exprime entre autre par le refus de voir les équipes réserves –comme celle de la Juventus, de l’Atalanta et du Milan AC – participer au championnat de Serie C et fausser la compétition. Les ultras estiment que les divisions inférieures ne doivent pas servir “d’incubateurs” au service des clubs les plus riches, qui bloquent des places au détriment de clubs traditionnels, plus modestes. Pour préserver le mérite sportif, ils prônent la création d’un championnat spécifique pour les équipes “B”, comme en Angleterre.

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