Ce mardi 23 juin plusieurs milliers de personnes sont descendus dans les rues d’Athènes et se sont rassemblées devant le Parlement, en solidarité avec les deux grévistes de la faim, Aristotelis Chantzis et Suzon Doppagne, qui s’opposent à l’expulsion de la communauté autogérée de Prosfygika. Des supporters s’associent à la mobilisation.
Depuis 16 ans, environ 400 habitants participent à un projet autogéré et communautaire dans le quartier de Prosfygika, situé entre le commissariat central et le tribunal d’Athènes. Ils y occupent et font vivre huit blocs d’immeubles, comptant 228 appartements, construits dans les années 30. Depuis plusieurs mois maintenant, les autorités régionales de l’Attique cherchent à évacuer le quartier pour remettre la main sur ces immeubles dans le cadre d’un plan de rénovation urbaine. Face à ce qui a tous les traits d’une opération de gentrification, la communauté de Prosfygika ne se laisse pas faire et exige l’annulation de ce projet, lui préférant une rénovation autogérée et le maintien de leur auto-organisation.
C’est dans ce contexte qu’Aristotelis Chantzis a entamé une grève de la faim le 5 février dernier, rejoint par Suzon Doppagne depuis le 1er mai. Une grève de la faim présentée comme “jusqu’à la mort”. La jeune femme, originaire de Liège, s’est exprimée auprès de la RTBF au mois de mai dernier: “Dans le voisinage de Prosfygika et dans sa communauté, il y a des gens de partout, des personnes qui viennent de pays différents, qui ont des cultures différentes, des langues différentes, qui sont aussi dans une situation économique difficile, sans papiers, malades, énormément d’enfants y vivent, des familles. La défense de Prosfygika, c’est la défense d’une proposition sociale qui est basée sur des vraies valeurs humaines, sur l’auto-organisation, la solidarité.”
“Soit nous vaincrons, soit nous vaincrons”
Un appel à la solidarité a été immédiatement lancé par la communauté de Prosfygika et différents réseaux de solidarité. Le rassemblement massif du mardi 23 juin a permis d’attirer l’attention sur la dégradation de l’état de santé d’Aristotelis Chantzis, en grève de la faim depuis plus de 140 jours et transféré la veille à l’hôpital Gennimatas. Les photos de lui sur son lit d’hôpital le montrent très amaigri et affaibli. Certaines sources évoquent un état critique et des lésions cérébrales aiguës, provoquées par une privation prolongée de nourriture et nécessitant une hospitalisation d’urgence. Parmi les banderoles déployées sur la place Syntagma, certaines reprenaient ses paroles: “Nous combattrons jusqu’à ce qu’on obtienne justice, ou jusqu’à la mort. La lutte ne recule pas, au contraire, elle ne fait que commencer.”
D’autres actions de solidarité devraient se poursuivre dans les prochains jours. Les manifestants ont également réclamé l’abandon immédiat des procédures d’expulsion visant Prosfygika. L’îlot autogéré a aussi reçu des marques de soutien du monde du football, notamment de l’équipe voisine d’Asteras Exarcheion ou encore des Basso Rango Ultras de l’Apollon Smyrnis. Dans une story publiée sur les réseaux sociaux, les Fentagin – ultras d’Atromitos – ont écrit “Aucun plan de rénovation urbaine n’est au-dessus de la vie des gens et de leur toit”. Situé à quelques encablures de Leoforos, stade historique du Panathinaikos, la communauté de Prosfygika a vu les membres de la section de Vyronas de la Gate 13 lui dédié une banderole: “Soit nous vaincrons, soit nous vaincrons. Force aux grévistes de la faim de Prosfygika”.

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