« Le club fera preuve d’une tolérance zéro ». Voilà le communiqué de l’Olympique Lyonnais publié le 31 août, après les deux agressions et les accusations de racisme aux abords du stade de Décines, le soir de la réception du Havre. Les comportements racistes parmi ses fervents supporters se succèdent depuis des décennies, en particulier ces dernières années. Dialectik Football a déjà évoqué ce problème structurel (ici et là), dans un contexte local marqué par la porosité durable entre les tribunes et les franges de l’extrême droite.
L’OL affirmait encore dernièrement à Libération qu’il « a toujours combattu les violences dans le stade ». Le club affiche une fermeté à toute épreuve, renvoyant la balle à la justice. Concernant l’agression du couple en marge de OL-HAC, le parquet de Lyon a écarté le motif raciste « malgré des récits accablants » (des insultes comme « bougnoules »), comme le pointait une enquête de Mediapart. Certes, le club ne peut pas se substituer à la justice, mais utilise-t-il vraiment son pouvoir pour changer l’atmosphère « White Power » qui perdure dans ses virages ?
Une enquête publiée cette semaine par Médiacités apporte la réponse : ces dernières années, non.
Retour à l’automne 2023. La coloration nationaliste des virages lyonnais devient très nette sous les projecteurs du stade Vélodrome de Marseille. Saluts nazis et imitations de singe de la part de quelques-uns, plusieurs dizaines qui reprennent en boucle « Bleu, blanc, rouge, la France aux Français » en sortant du stade. Ce soir-là, les groupes officiels – Bad Gones et Lyon 1950 – « bâchent » aux côtés des hooligans néonazis de la Mezza.
Quelques mois plus tard, un nouveau groupe de quelques dizaines de supporters émerge au Groupama Stadium. Les Six Neuf Pirates devenus ensuite Atypik Lyonnais veulent créer un espace où la ferveur n’appelle pas les « dog whistle » de l’extrême droite. Très vite, les confrontations éclatent avec les groupes historiques. Dans ce contexte houleux, l’OL choisit son camp comme le dévoile aujourd’hui Médiacités.
Le média local indépendant s’est procuré le contenu « de réunions internes parfois musclées entre l’OL et des membres des Six‐Neuf Pirates ». L’article fait le récit d’une discussion menée par Laurent Prud’homme, alors directeur général du club, dans le bureau de celui-ci. Voici un extrait de l’article en ligne sur Médiacités et également sur La Presse libre, la plateforme commune de plusieurs médias financés par leurs lecteurs :
Pendant près de deux heures, la discussion est tendue. « Arrêtez de vous présenter comme les opposants des gens d’ici », prévient‐il. « Votre principe de communication, en disant “nous on arrive en essayant de laver plus blanc que blanc, ou en tout cas, nous on n’est pas fascistes”, ce n’est pas un message », avance Laurent Prud’homme, leur reprochant de multiples erreurs de communication. « J’ai l’impression d’être face à des activistes qui ont l’impression de faire de la politique. Allez faire des manifs à Lyon, faites ce que vous voulez, mais pas chez nous en fait », assène‐t‐il, remonté.
Pendant la réunion, le représentant des « pirates » précise que lui‐même a été abonné au Kop Virage Nord pendant plusieurs années, que les SNP sont prêts à parler avec les autres groupes et se défend d’amalgamer tous les supporters des virages à l’extrême droite. Il s’explique : « Il y a un problème de racisme dans ce stade, mais qui n’est pas lié à vous, qui n’est pas lié à la direction, ça fait des années que c’est comme ça. » Laurent Prud’homme finit par répliquer : « Dire à quelqu’un “t’es raciste”, c’est du racisme », dans une énigmatique inversion de valeurs.
On est donc très haut sur l’échelle de la silenciation des victimes de racisme.
En 2024, les Bad Gones avaient remis un chèque à SOS Calvaires, une association catho intégriste représentée alors par Sixtine Bonfils, une ex-candidate Reconquête aux élections législatives de 2022 ; deux supportrices dont l’une à qui on avait tenté d’arracher le voile avaient été agressé lors de la diffusion de la finale de la Coupe de France ; des « La France aux Français » avaient été entendus dans le parcage lyonnais lors du déplacement à Toulouse.
Plus récemment, d’autres épisodes ont allongé la liste, notamment des agressions racistes subies par des employés du McDonald’s d’OL Vallée, après un match face à Lens, comme l’a révélé Libération.
Les Bad Gones, eux, ont sorti une banderole en hommage à Quentin Deranque, militant néo-nazi décédé en février dernier après un affrontement avec des antifascistes. Bien sûr, il ne faudrait faire aucun lien entre le terreau d’extrême droite et la violence raciste…
Interrogé par Médiacités, la direction actuelle de l’OL ne veut pas s’exprimer « sur des éléments qui se sont déroulés sous les directions et présidences précédentes ». Que fait le club après les agressions de cet été, puis les règlements de compte ? Préserver le monde d’avant. « Depuis le début du mois d’octobre, relève Médiacités, toute personne se revendiquant des Atypik est désormais interdite de stade jusqu’en avril 2028. »
Par Florian Lefèvre

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