L’innovation majeure introduite par la FIFA durant la Coupe du Monde 2026 est probablement le redécoupage du match autour de quart-temps qui ne disent pas leur nom, sous couvert de pauses fraîcheur imposées. L’idée n’est pas nouvelle et avait été mise sur la table il y a plus de 30 ans. Et les intentions de João Havelange (président de la FIFA de 1974 à 1998) derrière ce projet n’étaient même cachées: faire de l’argent, encore et encore.
“Hey João… Leave our game alone!” (“Hey João… Laisse-nous jouer”) , c’est le titre d’une tribune dans le magazine Soccer International d’avril 1990. Le coup d’envoi Coupe du Monde en Italie n’avait pas encore été donné que le patron brésilien de la FIFA étalait déjà ses ambitions contre-révolutionnaire pour le football du futur. L’idée de João Havelange était de modifier le format des matchs en vue du Mondial 94 organisé aux Etats-Unis, en remplaçant les deux mi-temps de 45 minutes par quatre périodes de 25 minutes. Ce projet a pris encore plus de poids dans sa tête après Italia 90, jugée médiocre sur le plan du jeu avec seulement 2,21 buts par match en moyenne et une finale plus rugueuse que spectaculaire.
Loin d’être un simple changement ornemental, beaucoup d’observateurs ont vu dans cette proposition un changement pouvant ébranler les fondements mêmes du jeu. D’autant que l’argument du président de la FIFA en faveur de ce redécoupage n’avait aucun fond footballistique: il s’agissait avant tout d’accorder davantage de temps de publicités aux diffuseurs télé et radio. “Le football est extrêmement professionnel et, à ce titre, il doit chercher par tous les moyens à augmenter ses revenus”, avait-il déclaré, lançant cette bombe.
Anticommuniste convaincu et collaborateur appuyé du régime dictatorial brésilien, Havelange n’a pris personne en traitre. Son règne à la tête de la FIFA est souvent illustré par sa célèbre phrase programmatique: “Je suis là pour vendre un produit appelé football”. Mais nous sommes alors au début des années 90 et ce qu’on a appelé le football moderne posait encore les premières pierres de son édifice. Le niveau de réticence, y compris dans l’organigramme de la FIFA, face à un tel virage culturel était encore élevé. L’UEFA s’y était notamment opposé avec vigueur.
“Même les observateurs les plus myopes peuvent voir que la proposition de Havelange, si elle était adoptée, dévasterait le jeu”, clamait l’article de Soccer International pour qui il était inconcevable que l’International Board (IFAB), puisse sérieusement donner son approbation à une mesure aussi caricaturale. Le magazine y voyait aussi le résultat de la pression mise par les empires médiatiques américains à quatre ans d’accueillir l’évènement sportif le plus populaire au monde.
Les diffuseurs étasuniens étaient terrifiés par l’idée de diffuser un sport avec des périodes de 45 minutes sans interruption publicitaire, si éloigné de la culture et du séquençage des sports US. Pour eux, le découpage en quart-temps était une garantie. “Si cela est vrai, et rien ne permet d’en douter, alors nous avons des chaînes de télévision américaines qui tentent de dicter les règles d’un sport qui s’est très bien développé sans ABC, NBC et CBS pendant plus d’un siècle. Le football doit-il se plier aux exigences de la télévision américaine?”, interrogeait Soccer International, dans une question rhétorique. Notons comme les temps ont changé.
Cette archive est intéressante à plus d’un titre et montre qu’en 1990, avant que la mutation libérale du football ait fait tous les dégâts qu’on connait, la vigilance de certains observateurs était déjà de mise et annonciatrice du rôle central des diffuseurs. “Si Havelange essaie réellement de changer les règles, alors il est peut-être temps que ce sport trouve un nouveau dirigeant. De préférence quelqu’un qui ne se laissera pas dicter sa conduite par la télévision ou par tout autre intérêt commercial.” Sepp Blatter et Gianni Infantino rigolent.

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