Igor Protti fait partie, avec son ami Cristiano Lucarelli, des légendes du club de Livourne. Il luttait avec force et courage contre un cancer agressif depuis plus d’un an. Il nous a quitté ce 18 juin, à l’âge de 58 ans. Les ultras livournais ont pu lui rendre un hommage à la hauteur de l’empreinte qu’il a laissée dans l’histoire et la mémoire du club où il a évolué à deux reprises: de 1985 à 1988 et de 1999 à 2005.
Ils étaient près de 10 000 à être réunis dans les tribunes du stade Armando Picchi pour dire adieu à Igor Protti, véritable icône de l’AS Livorno Calcio. Le corbillard a amené son cercueil au pied de la Curva Nord qui a entonné plusieurs chants à la gloire de celui qui a été un des buteurs les plus prolifiques de l’histoire du club amaranto, dont “Igor Protti capo degli Ultrà” (“Igor Protti chef des Ultrà”). Une bâche historique des Brigate Autonome Livornesi (BAL), groupe dissout au début des années 2000, a même été ressortie pour l’occasion. L’émotion était grande, à l’image du lien affectif tissé avec le peuple du virage livournais. Au pied de la tribune, sur une banderole de soixante mètre de long, on pouvait lire cet hommage: “Ciao Igor, aujourd’hui, nous saluons l’homme avant même le footballeur; seuls ceux qui t’ont connu peuvent comprendre”.
Natif de Rimini, Igor Protti atterrit à Livourne à 18 ans. Dans cette ville portuaire et ouvrière, berceau du Parti Communiste Italien, il commence à écrire sa légende avec son tout premier but lors du derby contre Pise, l’éternel rival. Il sera ensuite vendu pour aider le club à assainir ses finances. Commence alors une carrière de baroudeur qui le mènera au Virescit Bergame, à Messine, à Bari, à la Lazio, à Naples et à la Reggiana. Il reste à ce jour un des deux uniques footballeurs à avoir fini meilleur buteur en Serie A, en Serie B et en Serie C1. Une performance partagée avec Dario Hübner. Lors de son retour à Livourne en 1999, il sera un acteur de la remontée du club en Serie A après 55 ans d’absence. Il regoûtera aux joies de l’élite le temps d’une saison avant de raccrocher les crampons à l’âge de 37 ans, après un dernier match contre la Juventus.
Héritage communiste paternel
En 2021, après la liquidation judiciaire du club, contraint de repartir en D5 (sous le nom d’US Livorno 1915), Igor Protti viendra à son chevet dans un rôle de manager. “Pour moi, ce n’était pas une question de division, je serais revenu même en Terza Categoria”, avait-il déclaré. Sa carrière aura consolidé cette image d’un joueur humble, qui avait compris mieux que beaucoup l’importance de démontrer de l’attachement au maillot. Un joueur avec un fort respect pour le prolétariat et le sens de l’effort. Sur le terrain, cette “mentalité club” se traduisait par une générosité débordante. Comme infatigable travailleur du football, il s’est évertuer, quelle que soit la division, à rendre sur le terrain ce que les tifosi donnaient en tribune. Des caractéristiques qui vous classent vite un footballeur à gauche. Denrée rare dans le monde du ballon rond moderne.

Protti s’était d’ailleurs exprimé sur ses convictions politiques en 2003 dans le journal de gauche Il Manifesto. Des valeurs héritées de son père, ouvrier du bâtiment. “Quand j’étais enfant, à Rimini, il m’emmenait souvent à la Maison du Peuple, où j’assistais, presque fasciné, à de longues discussions. C’était un véritable communiste, de ceux qui ont toujours cru en leurs idées et ne les ont jamais reniées. Il a même voulu que le drapeau du Parti communiste italien soit présent à ses funérailles.” A la manière d’un Lucarelli, certains clichés l’ont immortalisé portant fièrement le drapeau rouge face aux supporters aux anges, ou encore arborant un t-shirt des BAL à l’effigie de Che Guevara.
“Tant qu’il y aura de la souffrance et des inégalités”
Comme l’a rappelé le média Pallonate in Faccia, c’était l’époque où les États-Unis de George W. Bush et Collin Powell faisaient la guerre à l’Afghanistan puis à l’Irak, au nom de la lutte contre le terrorisme. Igor Protti avait alors fait partie des rares joueurs à prendre position, faisant état de convictions humanistes, pacifistes et anti-militaristes solidement ancrées. “Je suis opposé à toutes les guerres, contrairement à une certaine partie de la gauche qui s’est opposée à l’intervention en Irak tout en approuvant, lorsqu’elle était au gouvernement, celle menée dans l’ex-Yougoslavie. Tant qu’il y aura de la souffrance et des inégalités dans le monde, nous ne connaîtrons pas la paix”, avait-il expliqué, toujours dans l’interview d’Il Manifesto.
Le peuple du football qui lutte contre la marchandisation de sa passion perd avec Igor Protti un allié fiable, un compagnon de route disait-on autrefois dans les milieux communistes. Il avait en effet compris que l’injonction à l’apolitisme du football était au mieux une farce, au pire un piège. “Je crois qu’il est illusoire de penser que la politique ne doit pas entrer dans les tribunes, les stades ou les lieux où se rassemblent des milliers de personnes. Le monde, tout ce qui nous entoure, tourne autour de la politique; penser que les gens vont au stade sans y apporter les idées qu’ils portent au quotidien me paraît absurde.”

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