A l’heure où les États-Unis amplifient les sanctions contre Cuba, accentuant les pénuries et les difficultés économiques et énergétiques, la petite île tente de résister comme elle le peut. Elle reçoit le soutien de nombreux pays, dont celui d’Angola, marque d’un fort lien toujours présent entre les deux pays depuis la coopération lors de la guerre civile angolaise. C’est dans ce contexte qu’a été organisé le premier match de l’équipe nationale d’Angola, le 1er juin 1977.
Cuba-Angola : des liens historiques
Les deux pays sont liésparune histoire commune: l’engagement de Cuba pour aider les communistes angolais du MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola) dans la guerre civile post-libération (1975-2001), et ce dès le commencement, est un fait marquant et initiateur de la coopération entre les deux États. Engagés dans la guerre civile, le MPLA a reçu le renfort de soldats et de civils cubains, grâce auquel les Angolais ont pu gagner cette guerre et assurer une forme de stabilité de leur indépendance. Comme le montrent les travaux de Christine Hatzky1 : environ 36 000 soldats cubains ont été mobilisés au plus fort de la guerre civile en 19762, plus de 370 000 durant tout le conflit et 50 000 civils3 – dont des médecins, des enseignants, du personnel technique.

Pour décrire l’aide de Cuba envers l’Angola, inutile de rédiger de longues phrases, il suffit d’écouter les mots de Fidel Castro: « Certains impérialistes se demandent pourquoi nous aidons les Angolais, quels intérêts nous avons. Ils ont l’habitude de penser qu’un pays n’en aide un autre que lorsqu’il veut son pétrole, son cuivre, ses diamants ou d’autres ressources. Non, nous ne cherchons pas des intérêts matériels et il est logique que cela ne soit pas compris par les impérialistes. Ils ne connaissent que des critères chauvins, nationalistes et égoïstes. En aidant le peuple angolais, nous remplissons un devoir fondamental d’internationalisme »4.
Un match pour asseoir l’indépendance
Si le sport est toujours un objet politique, Cuba en a fait une certaine doctrine ; elle en a fait un droit pour tous. Lorsque l’on pense à Cuba, outre la révolution, on pense au sport, à la boxe, à la lutte, au baseball, etc. Comme le mentionne Beñat Çuburu-Ithorotz, le sport est constitutif de la nation cubaine sous Castro : il est toujours lié à la société, que ce soit dans l’enseignement ou dans sa version professionnelle5.
Il n’est donc pas étonnant que dans un contexte international, un rapprochement entre Cuba et Angola se fasse par le football. Et, bien que ce ne soit pas le sport le plus populaire à Cuba, Castro aimait beaucoup ce sport. Pendant que la victoire du MPLA angolais se faisait sentir à partir de la mi-1976, il fallait consolider d’avantage cette réussite et ainsi propager la popularité de Fidel dans le pays et sur le continent. C’est là que le football apparaît.
Alors que l’équipe de football angolaise ne disposait pas encore de structures officielles, ni de fédération nationale, son premier match amical officiel, le 1er juin 1977, ne pouvait symboliquement se dérouler que contre Cuba. Dans les tribunes du stade de la Cidadela, plus de 50 000 personnes assistent au match, dont de nombreux soldats cubains. Une photo a immortalisé l’échange des fanions entre les deux capitaines : Diniz – ailier gauche revenu au pays après avoir joué au Portugal (au Sporting et au FC Porto) – pour la sélection angolaise, et Andrés Roldán, son homologue cubain.
Et ici, le score importe peu. Nous ne nous souviendrons pas de la première victoire des Palancas Negras, 1 but à 0 contre Cuba, mais bien plus de la victoire commune de la coopération internationaliste ; du symbole de l’indépendance et de la victoire contre l’impérialisme. C’est dans ce type d’évènement que le terme « match amical » prend tout son sens !
Théo Bon-Mardion
1Hatzky, C. (2015), Cubans in Angola: South-South cooperation and transfer of knowledge, 1976–1991, University of Wisconsin Press. 2George, E. (2005), The Cuban intervention in Angola, 1965-1991, New York, Routledge Military Studies, p.1 3Effossou, Y. M. (2020), L’armée cubaine, actrice de premier ordre dans le conflit angolais. 1975-1991, In : Catala, M. (éd.), L’Europe et l’Afrique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, p.71 4Jihan El Tahri (réalisateur). (2009), Une odyssée africaine, Arte film, à 37 min 40s. 5Çuburu-Ithorotz, B. (2007), Sport et société dans la Cuba révolutionnaire, Caravelle, n°89, p. 47-67.

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