Mexico: la Coupe du Monde 2026 s’ouvre dans un climat de rejet et de convergence des luttes

Plusieurs collectifs et assemblées comptent bien perturber l’inauguration de ce qu’ils qualifient de “Mondial de la dépossession et de la guerre” et dont 13 matchs se joueront au Mexique. Autour de l’Assemblée “antimundialista”, des collectifs de proches de disparus et de la grève des enseignants, les mots d’ordre convergent comme les cortèges ont prévu de le faire en direction du stade Azteca.

Le 9 juin dernier, des centaines de policiers ont bloqué le passage à des étudiants et enseignants de l’État de Guerrero ainsi qu’à des proches des 43 disparus d’Ayotzinapa, qui se rendaient à Mexico. Dans les heures qui ont suivi, plusieurs médias et commentateurs proches du pouvoir ont relayé des informations faisant état de prétendus explosifs retrouvés dans les bus des manifestants.

Cet exemple illustre le durcissement sécuritaire qui s’annonce à quelques heures du coup d’envoi d’une Coupe du Monde déjà considérée comme la pire de l’Histoire. Face aux autorités mexicaines et à la FIFA, c’est une mobilisation à visages multiples qui se dresse contre le “Mundial del Despojo y de la guerra”.

Une mobilisation anti-Mondial aux multiples visages

Depuis plusieurs semaines, l’Assemblée “antimundialista” fait monter la température. Les slogans et les fresques envahissent l’espace public. Certains artistes, comme le grapheur Vlocke Negro, ont mis leur talent au service de la cause. Rassemblements, évènements culturels et autre “Cascarita AntiFIFA” – sorte de happening footballistique de protestation – ont occupé le terrain.

L’assemblée dénonce une accélération, sous couvert des préparatifs de la Coupe du Monde, du processus de gentrification et la touristification à l’œuvre dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Santa Úrsula Coapa où se situe l’Estadio Azteca. Comme au Brésil en 2014, la hausse des prix, les expulsions brutales et le quadrillage sécuritaire impactent directement les populations locales.

Autour d’espaces militants comme la Maison des Peuples et Communautés autochtones “Samir Flores Soberanes”, nommé ainsi en mémoire d’un activiste nahua assassiné en 2019, les collectifs cherchent à articuler plusieurs luttes comme la défense du territoire et des peuples autochtones, le soutien aux familles de disparus, les revendications syndicales, luttes féministes et la défense de l’eau.

Les mots d’ordre des “madres buscadoras”, dans un pays qui déplore plus de 130 000 disparus ces vingt dernières années, trouvent toute leur place dans cette mobilisation. Délaissés par l’État, plusieurs collectifs regroupant des proches de disparus avaient appelé à “ne pas venir au Mexique” pour la Coupe du Monde. La défiance envers les autorités est grande et le taux de résolution des affaires de disparitions forcées, dérisoire.

La grève débutée le 1er juin dernier et menée par la Coordination nationale des travailleurs de l’éducation (CNTE), s’est aussi ajoutée à ce cocktail. Installés depuis plusieurs semaines dans le centre de Mexico, et venus de tout le pays, ils veulent profiter la visibilité internationale du tournoi pour mettre en avant leurs revendications salariales et sociales.

Derrière le slogan “S’il n’y a pas de solution, le ballon ne roulera pas”, les grévistes dénoncent des conditions de travail indignes dans l’enseignement public, et réclament des augmentations salariales et le retour à un système de retraite public, mutualisé, solidaire et intergénérationnel. Ils ont réalisé quelques coups d’éclat et vandalisés les mannequins promotionnels de la Coupe du Monde 2026 sur le Paseo de la Reforma.

Signe de la multiplicité des actions, des manifestations ont également eu lieu sur la Calzada de Tlalpan, le principal axe reliant le sud de la capitale à l’Estadio Azteca, provoquant d’importantes perturbations de circulation. Des travailleuses du sexe, regroupées au sein du collectif TRASUIX, ont dénoncé les effets des travaux qui y sont menés, renforçant leur précarité et insécurité.

Luttes sociales vs football

Pour contrer cette colère, les autorités mexicaines ont annoncé un important dispositif de sécurité, dénoncé par les collectifs militants. La législation spéciale relative à la Coupe du monde interdit aussi les manifestations à l’intérieur et aux abords des stades. Dans ce cadre, l’opération Kukulcán prévoit la mobilisation d’environ 100 000 agents issus des forces fédérales, régionales, municipales et de sociétés privées de sécurité.

Deux réalités vont coexister à Mexico: d’un côté les fastes d’une compétition décriée antisociale portée par une FIFA toujours plus aveuglée par les profits financiers sportive mondiale portée par les autorités et la FIFA, et de l’autre celle de mouvements sociaux qui vont lutter pour ne pas être invisibilisés, réduits au silence et écrasés. Mais rien n’indique à ce jour que le scénario brésilien de 2014, où le football et la répression avaient vite éteint les manifestations sociales, se reproduise dans les rues mexicaines.

Édito n°86

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*