Albert Martín, entraîneur du FC Tarraco: “Le Fútbol Popular n’est pas un simple discours, c’est un mode de fonctionnement”

© El Futbol Popular

Fondé en novembre 2012 à Tarragone, le FC Tarraco est le premier club de fútbol popular a avoir vu le jour en Catalogne. Neuf ans plus tard, le club autogéré par ses supporters continue de se développer avec l’objectif de lutter pour un football égalitaire, solidaire et social. Le média El Fútbol popular a rencontré Albert Martín, coach de l’équipe principale.

Une interview réalisée par Miriam González

Comment s’est passée ta découverte du football?

Eh bien, j’ai commencé petit en jouant dans l’équipe de futsal de l’école avec les plus grands, en tant que gardien de but. A vrai dire, j’ai toujours préféré arrêter que marquer des buts. Ça peut paraître étrange mais ma famille n’appréciait pas trop ça. Le gardien de but reçoit toujours les critiques, on voit plus ses erreurs.[…] A partir de là j’ai commencé à jouer dans l’équipe de mon village de La Riera puis j’ai fait toute ma formation au Nàstic, jusqu’à ce que j’arrive au niveau amateur. Alors j’ai joué dans différents clubs de la province. Je garde un très bon souvenir de chacun d’eux. En 2013, j’ai découvert Tarraco et j’ai d’abord fait partie de l’équipe d’entraîneurs en tant qu’assistant, puis en tant que joueur à différents moments, et maintenant en tant que coach principal.

Depuis combien de temps entraînes-tu?

Ça fait seize ans. J’ai eu la chance de pouvoir entraîner toutes les catégories, depuis les tout-petits jusqu’aux juveniles, ainsi qu’en futsal en scolaire… Et c’est avec une immense joie que j’ai fait mes débuts d’entraîneur amateur à la maison, dans un club que je considère comme le mien.

Comment s’est passée ton arrivée à Tarraco ?

Comme je t’ai dit, c’était en 2013. J’ai vu qu’un nouveau club se créait à Tarragone et j’ai aimé les idées qu’ils proposaient, la façon de le gérer et tout ce qu’il y a derrière, la philosophie, les gens… J’y ai noué de grandes amitiés que je n’aurais sûrement pas connues en dehors. Ça m’a plu et j’ai décidé d’aider le club autant sur le terrain qu’en tant qu’actionnaire, et ça continue. J’ai eu la chance de faire partie de différentes équipes comme joueur pendant 6 saisons, la dernière en tant qu’entraîneur adjoint et joueur et celle-ci en tant qu’entraîneur de l’équipe masculine.

Concrètement, comment le Covid a impacté votre saison ?

Cela a été très compliqué. Vous vous préparez très bien en jouant de très bons matchs de pré-saison contre des équipes de divisions supérieures, en gagnant le premier match de championnat et puis s’en suit une interruption de six mois … alors vous perdez tout le bénéfice de ce que vous aviez gagné au niveau physique, au niveau tactique, au niveau du rythme…

Quel était l’objectif du FC Tarraco au début de la saison?

L’objectif du club a toujours été de jouer, au minimum de jouer. Le mien était de mettre sur pied un bon groupe et de se battre pour arriver le plus haut possible, comme nous le faisons actuellement. C’est vrai que nous avons eu des défections qui nous ont été préjudiciables durant plusieurs journées. Mais l’équipe n’a jamais baissé les bras et s’est battue.

Dernière ligne droite avec une ultime journée qui peut décider de tout, comment la préparez-vous?

Avec beaucoup d’enthousiasme. Il s’agit peut-être du meilleur classement du Club au cours de ces neuf années. Considérant que la saison a été atypique et complexe, nous devons valoriser ce que nous réalisons et surtout le travail à court terme. Le travail effectué sera récompensé dans un avenir proche.

Comment se présente l’équipe pour ce dernier match au bout duquel la 3e place est en jeu?

Au vu des circonstances, avec beaucoup de blessés lors des deux dernières journées, l’équipe est bien préparée. Mais elle joue à partir de ce que nous avons mis en place, à savoir tenir la balle, avec de longues phases de possession, du jeu en triangle et un pressing à la perte du ballon. Nous venons d’obtenir 4 pts en deux matchs. Avec de la motivation et de l’envie, je pense que nous allons l’obtenir, les joueurs le méritent, nous le méritons au regard du niveau affiché par l’équipe.

Comment travaille une équipe de division régionale ?

À vrai dire, c’est loin d’être facile. Je suis habitué aux catégories jeunes où les gamins viennent toujours à l’entraînement avec un niveau d’investissement très élevé. En amateur, s’ajoute le fait que les gens travaillent à tour de rôle, d’autres suivent des études ailleurs et il est difficile de réunir tout le monde, même si je dois reconnaître avoir été vraiment surpris par le niveau d’engagement au sein de l’équipe cette saison. Les joueurs ont rendu les choses très faciles. Nous avons toujours réussi à être nombreux à l’entraînement, y compris lorsque la compétition était suspendue à cause du Covid. Il font preuve d’un investissement incroyable, basé sur beaucoup d’envie et de sacrifices. C’est ce que je cherche toujours chez les joueurs: engagement, travail, sacrifice. C’est une fierté de les entraîner, et ils le savent déjà. Les gars donnent tout, aucun reproche à leur faire.

Penses-tu que les gens sont conscients du niveau d’effort et de sacrifice demandé à des travailleurs et à des dirigeants pour faire progresser le Club à ce niveau ? 

Absolument pas. Ils ne voient pas le travail qu’il y a derrière, les heures passées, que ce soit en tant qu’entraîneur, mais aussi en tant qu’actionnaire du club, à la recherche de sponsors, d’aides financières… Nous en sommes là. Cette année nous avons bâti un groupe très familial, très soudé, qui apprécie ce que fait le club et sa philosophie. Maintenant nous devons les y impliquer et leur faire sentir que c’est le leur, parce que c’est la réalité.

Comment tout ça pourrait être amélioré ?

À mon avis en lui donnant l’importance que l’on donne aux niveaux supérieurs, en fixant des objectifs, en apportant aussi une aide directe aux clubs. Dans la province de Tarragone, il y a beaucoup de clubs mythiques de village qui ont disparu par manque de ressources ou d’infrastructures… Je commencerais par là, aider ces clubs. Les instances font payer des sommes énormes pour l’arbitrage, pour les licences, pour les inscriptions en championnat. C’est normal que beaucoup disent qu’ils ne veulent pas participer aux compétitions, vu l’argent que ça coûte. La Fédération catalane de football est une honte, elle ne pense qu’à faire payer, et à faire payer. Mais jamais à promouvoir ou à encourager le football de base et amateur.

En plus d’être entraîneur, tu dois composer avec ton métier de travailleur social… 

Oui ça fait un peu plus d’un an que je suis dans ce monde là, je suis éducateur. A vrai dire j’ai été agréablement surpris par ce changement. C’est très compliqué de pouvoir assister à tous les entraînements et à tous les matchs, mais les collègues, qui savent que c’est important pour moi, me facilitent la tâche en me remplaçant pour que je puisse le faire.

Comment organises-tu tes journées ?

Un peu comme celle de tout un chacun, boulot, maison, entraînement, match, copains… Même si nous sommes dans la boue, je consacre beaucoup d’heures de ma semaine à la préparation des entraînements et des matchs. On pourrait croire que ça ne se passe comme ça que dans les catégories professionnelles, mais c’est aussi le cas dans les divisions les plus basses.

Quel moment ou match retiendrais-tu dans toute ta carrière ?

Beaucoup ont eu quelque chose de spécial, mais peut-être que je garderais un match récent de cette saison où nous avons gagné 0-3 dans un stade rustique, petit, avec un terrain en terre, un vrai. Quarante ou cinquante personnes s’étaient déplacées pour voir le match… La communion entre les fans et l’équipe a été puissante.

Que trouves-tu de plus positif et de plus négatif dans le monde du football?

Plusieurs choses. Il y a la compétition, beaucoup, qui fait que les gens sont frustrés et jettent l’éponge rapidement. Tout le monde n’est pas obligé d’être professionnel. On a perdu l’essence de jouer par hobby, de jouer avec ses amis, dans le club de sa ville, dans le club de son quartier, dans le club de son cœur, de s’amuser, de prendre une bière après, de faire des repas d’équipe, d’être une famille…. Le mercantilisme et la télévision dans le monde du football ont fait que tous les enfants veulent être footballeurs, à n’importe quel prix, et ont beaucoup de pression. Ils ne prennent pas de plaisir à faire ce qu’ils font, ni à jouer avec leurs amis.

Que penses-tu du fait qu’il se crée de plus en plus d’équipes de football populaires ?

C’est un bonheur immense ! Toutes les équipes qui veulent faire partie de ce projet, critique et social, sont les bienvenues. Il faut le comprendre et le respecter, ce n’est pas un simple discours, c’est un mode de fonctionnement. Nous encourageons les autres clubs à s’informer et à se décider à laisser le mercantilisme en dehors du football.

Et dernière question, quel message as-tu envie de faire passer aux supporters ?

Que pourrais-je dire aux fans que nous avons… Ça ne sera jamais assez ! C’est une fierté de pouvoir compter sur eux tous. Ne lâchez pas et continuez à venir encourager et à apprécier ce que propose l’équipe ! Nous laisserons nos tripes sur le terrain pendant qu’eux se casseront la voix dans les tribunes.

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