La bataille de Vertières, ce symbole d’indépendance que la FIFA a fait retirer du maillot d’Haïti

La FIFA a sommé la sélection haïtienne de retirer la première version de son maillot. La raison? La représentation d’une scène en hommage à la bataille de Vertières enfreindrait les règles en matière de neutralité politique. Dans cette Coupe du Monde marquée par le climat sécuritaire et guerrier actuel, la FIFA s’affiche toujours plus forte avec les “faibles” et faible avec les forts.

Entre le refus étasunien d’accorder des visas à ses supporters et l’injonction de retirer de son maillot ce symbole de l’histoire du pays, Haïti est servie pour sa deuxième participation à une phase finale de Coupe du Monde après celle de 1974. Mais pour l’instance dirigée par Gianni Infantino, le double standard est devenu une seconde nature et faire référence à la bataille de Vertières sur un maillot est apparemment une transgression inacceptable.

Le 18 novembre 1803, la bataille de Vertières a sonné le glas de l’expédition française de 1802 qui entendait restaurer l’ordre colonial et rétablir l’esclavage à Saint-Domingue, mais aussi en Guadeloupe. Cette victoire éclatante des troupes de Jean-Jacques Dessalines, qui s’étaient auto-baptisées “armée indigène”, est un épisode emblématique et fondateur de la révolution haïtienne, qui a précipité la libération du pays du joug colonial français. Onze jours après la bataille, une première déclaration d’indépendance est signée, suivie d’une seconde version jugée plus radicale et rédigée par l’écrivain Boisrond-Tonnerre, secrétaire de Dessalines. L’indépendance du pays sera déclarée moins de deux mois plus tard, le 1er janvier 1804.

Dans une interview accordée à l’occasion des 220 ans de la bataille, le géographe Jean-Marie Théodat expliquait le caractère inédit et le poids universel de cette victoire: “C’est la première fois qu’un peuple issu de l’esclavage vainc un peuple dominateur sûr de sa supériorité militaire et surtout de sa supériorité raciale. Avec Vertières, nous apportons le démenti le plus solennel à l’idée de la hiérarchie entre les races humaines.” Qu’est-ce qui peut bien déranger la FIFA dans tout ça?

Elle démontre surtout, une fois de plus, ce que recouvre sa prétendue “neutralité politique”. D’un côté, elle s’accommode du climat façonné par la politique xénophobe et impérialiste de l’administration Trump, et passe sous silence: les fouilles policières humiliantes de la délégation sénégalaise; la rétention arbitraire de l’attaquant irakien Aymen Hussein par la police aux frontières; ou encore l’arrestation et l’expulsion de l’arbitre somalien Omar Artan. De l’autre, elle fait les gros yeux à l’équipe haïtienne pour son maillot.

La politique est en réalité omniprésente. La question est celle du rapport de force. Là, il s’agit ni plus ni moins que d’effacer la mémoire d’une victoire d’anciens esclaves, parvenus à faire capituler une puissance impériale et coloniale. Et cette censure est au moins autant politique que l’image à laquelle elle s’est attaquée.

Édito n°87

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